‹ Théatre completChapitre 377 sur 407 · ACTE II, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II

Songez-y, prince, ou bien ne songez plus à moi/

AMINTAS

Ne songer plus à vous ? ah ! que plutôt ma vie,

Dans les fers du pirate à jamais asservie,

Assure son salut, achève mon malheur,

Et que désespéré je meure de douleur!

Si le ciel gui vous fit si charmante et si belle,

Mais aussi qui vous fit si fière et si cruelle,

Accordait à mes vœux l'honneur de vous venger,

Quand bien votre fierté constante à m'outrager

Par d'injustes rigueurs troublerait ma victoire.

Tout ce qui vient de vous fait ma joie et ma gloire :

Je chéris tout en vous jusqu'à votre fierté;

Je ne me plaindrais point d'être si maltraité ;

Et quand vous fausseriez la parole promise.

Je me plaindrais du ciel sans me plaindre d'Élise.

Non, non, prince, espérez, puisque je le permets,

Vengez-moi, je tiendrai tout ce que je promets.

Ce n'est pas, je l'avoue, une basse entreprise.

Que de vaincre Orosmane, et faire aimer Élise.

Vous allez attaquer un prodige en valeur,

Heureux dans les combats, et trop pour mon malheur ;

Mais quoique la victoire en soit presque impossible,

Le désir d être aimé rend un cœur invincible.

Servez-vous donc du temps, tandis qu'il est pour vous,

Et que vous n'avez point encore de jaloux;

Car quand seul vous seriez capable de me plaire,

Je ne me donnerai qu'au vainqueur du corsaire.

Je vous Tai déjà dit, sa prise ou son trépas

Laissent tout espérer au vaillant Amintas.

Allez donc, allez vaincre ; et cependant mes larmes

Vont demander aux dieux le bonheur de vos armes.

Elle sort.

AMINTAS

Avec votre secours qui peut me résister ? A quel hardi dessein nemepuis-je porter? Vous verrez abattu l'orgueil qui vous outrage. Et vous me plaindrez mort, ou louerez mon courage.

SÉBASTE.

Avant d'avoir vaincu vous triomphez, seigneur. Je pardonne la fouçue à votre jeune ardeur î Mais si l'excès bouillant d'une ardeur non commune, Et le prix qu'un combat off're à votre fortune, Enflamment tellement votre cœur amoureux,

456 LE PRINCB COItSÂIRE.

Qu'il ne peut différer ce combat dangereux, Celui qu'on traite ici de voleur, de corsaire, Et qui se rend pourtant plus d'un roi tributaire, Ne sera pas longtemps d'Amintas attendu : Seul dans une chaloupe à vos bords descendu, Il viendra contenter le désir qui vous presse, EJJ. vous pourrez ainsi contenter la princesse. Donnez votre parole, et fiez-vous en moi. Que vous pourrez bientôt vous battre avec mon roi.

NICANOR

Quoi! la Chypre verrait une telle aventure! J'offenserais ainsi l'honneur et la nature ! J'exposerais un fils si vaillant et si cher Au hasard d'un combat qu'on peut lui reprocher. D'un combat dont la fin serait toujours honteuse, Quand même sa valeur pourrait la rendre heureuse ! Dans mille occasions que le temps peut donner. Pour obtenir Elise, et pour te couronner. Tu trouveras assez de quoi te satisfaire, Sans aller te commettre avecque ce corsaire.

AMINTAS

Dira-t-on que vous seul ne m'ayez pas permis

De vaincre le plus grand de tous vos ennemis.

De mériter la Chypre à ma valeur promise ;

Et bien plus que la Chypre, une divine Elise,

Sans qui je ne puis vivre, et sans qui mon trépas.

Que vous redoutez tant, dépendra de mon bras?

Car enfin, la perdant, je n'écouterai guère

Ni les sages conseils, ni les ordres d'un père ;

Et quand vous m'opposez ces ordres rigoureux.

Vous vous rendez, seigneur, pour moi plus dangereux

Que ne sera jamais la valeur du pirate,

Qu'Elise et mon honneur veulent que je combatte.

NICANOR

Va donc, suis ton destin, je ne te retiens plus.

Il sort.

SÉBASTE.

Vous perdez bien du temps en discours superflus.

AMINTAS

Allons donc au combat sans tarder davantage.

SEBASTE.

Allons, prince, un vaisseau m'attend près du rivage, Orosmane à la rade en peu de temps saura Ce que vous lui voulez, et vous satisfera.

ACTB II, SGBNB III. 457

ALCIONE.

Amiûtas 1 ô mon cœur, que me faites-vous faire? Vous vous exposez donc à la foi d'un corsaire? Un prince comme vous devrait se ménager.

AMINTAS

Élise est offensée, et je veux la venger : Qui n*en est pas aimé, n*est pas digne de vivre. Il faut qu*un prompt trépas de mes soins la délivre, Ou qu'un combat heureux change son cœur ingrat : Et ce bonheur vaut bien qu'on hasarde un coinbat.

Il sort.

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