‹ Théatre completChapitre 39 sur 407 · ACTE II, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE V

Car ma belle en est un dont la mortelle vue Fait d'un homme vivant un mort à l'imprévue : Ne vous dispensez pas, dis-je, mes sottes gens, • D'être au moindre clin-d'œil, à ma voix diligents, Afin que la déesse à qui mon cœur encense Juge de mon esprit par votre obéissance, M'entendez-vous ?

D. COSMË.

Monsieur, vous commandez ici Gomme maître absolu.

D. BLAIZE

Je l'entends bien ainsi.

Mon beau-père, notez que vous avez la droite. Notez de la façon qu'avecque vous je traite, Je ne la donne pas à tous, en bonne foi, Et ce rencontre ici ne fait pas une loi. Mais allons de plus près déployer la faconde, Devant celte merveille à nulle autre seconde. Mieux vaut un oisillon qu'on tient dessus le poing, Qu'un grand oiseau de prix volant dans l'air bien loin. Vous méritiez un roi, merveille sans égale, Vous n'aurez qu'un marquis sous la loi conjugale. OrdugDO, que dis-tu de l'application?

ORDUGNO.

Qu'elle est digne de vous.

Elle est d'invention, Et sans doute elle aura la donzelle attendrie.

ORDUGNO.

H n'en faut point douter.

LISETTE

Quelle pédanterie, Madame !

BLANCHE

Ah, tais-toi donc, Lisette 1

D. COSME

Avec le temps La cour pourra changer le style et l'air des champs.

D. BLAIZE

Vous êtes un long temps, me semble, à me répondre, Devrait-on là-dessus avoir à vous semondre?

BLANCHE

Quand bien on m'offrirait, ce qui ne se peut pas. Un époux plus que vous à mes yeux plein d'appas. Et dont la qualité fût plus considérable.

Ce qui n'est pas possible, encore moins croyable ; Quand au lieu de marquis, vous seriez un grand roi; Le pouvoir que mon père a toujours eu sur moi, Qui n'ai jamais songé qu'à l'aimer, à lui plaire. M'aurait fait consentir au bon choix de mon père. Ainsi pour deux raisons j'aime un si digne époux, Et parce qu'il le veut, et parce que c'est vous.

Ordugno, qu'en dis-tu ? la Sibylle Cumée M'eût moins par son discours l'âme enthousiasmée. Ordugno I l'artisan qui peignit son portrait N'a pu, le fat qu'il est, la rendre trait pour trait. Ordugno! j'ai grand peur qu'une femme si belle De moi son papillon, deviendra la chandelle, Ordugno !

ORDUÛNO.

Quoi, monsieur?

D. BLAIZE

Elle en tient.

ORDUGNO.

Sûrement.

D. BLAIZE

Mais à bon chat bon rat, j'en tiens pareillement.

Ordugno ! la maison me choque en sa structure.

Il en faudrait changer toute l'architecture.

La chambre est en bicoin, tout au moins il faudroit

Abattre l'angle aigu, pour en refaire un droit.

Ordugno!

ORDUGNO.

Monseigneur !

D. BLAIZE

Quelle façon maudite *

De répondre! Est-ce point que le faquin s'irrite D'entendre si souvent Ordugno répéter?

Sais-tu que c'est ainsi qu'on se fait maltraiter? Sais-tu que qui t'a fait, te pourra bien défaire?

ORDUGNO.

Je crois n'avoir rien fait qui puisse vous déplaire.

D. BLAIZE

Je l'ai fait favori, de page fort galeux.

Dont un meilleur que lui se tiendrait fort heureux.

Et le gredin qu'il est,^se fait tirer l'oreille,

A cause que par fois à lui je me conseille.

Tous valets sont valets.

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