ACTE II, SCENE V
ORDUGNO.
Mais, seigneur...
D. BLAIZE
Il suffit, Ne me va point chercher dans ton mauvais esprit De mauvaises raisons, ou nous aurons querelle. Viens à moi sans gronder alors que je t appelle. Ne me parle jamais qu'étant interrogé, Et jamais sans respect, ou bien prends ton congé.
Ne trouvez-vous pas bon, monsieur, que j*aille faire Préparer une chambre à monsieur votre frère? Car je ne prétends pas qu'il loge hors de chez moi.
D. BLAIZE
C'est fort mal prétendu, mon beau-père.
D. COSME
Et pourquoi?
\ D. BLAIZE
Parce qu'en un logis où dormira ma femme. De mon consentement ne dormira corps d'âme ; Par corps d'âme j'entends tous parents, tous amis, Tous valets : même aussi, s'il m'est ainsi permis, Tous chiens, chats et chevaux mâles, toute peinture Qui représente au vif masculine figure.
Sans doute vous direz, et vous direz bien vrai, Que je suis fort jaloux; mais je m'en sais bon gré.
D. COSME
On ne saurait faillir par trop de prévoyance.
D. BLAIZE
Vous me parlez ainsi par pure complaisance. Vous êtes un adroit, don Cosme, et je vois bien Que vous accordez tout et ne contestez rien. Ces maudits esprits doux sont personnes à craindre ; Mais jusqu'ici de vous je n'ai pas à me plaindre. Ordugno I
ORDUGNO.
Monseigneur !
D. BLAIZE
Dis-moi quelle heure il est ?
Il est déjà bien tard.
11 le sera bientôt.
D. BLAIZE
Le souper est-il prêt?
ORDUGNO.
D. BLÂIZE.
Qu'on me mèDe à ma chambre ; Qu'on ne m'y brûle point de pastilles à l'ambre ; Que le repas aussi soit sobre et limité ; Car je ne puis souffrir la superfluité. OrdugQO !
ORDUGNO.
Monseigneur I
D. BLAIZE
Fais bien la sentinelle.
Furette bien partout.
ORDUGNO.
Je you& serai fidèle.
Allons, don Cosme, allons, montrez-moi le chemin. Adieu jusqu'au souper, belle au teint de jasmin!
Il sort.
BLANCHE
Ah, Lisette !
LISETTE
Ah, madame I à quelle destinée Vous réduit votre père avec son hyménée ! Avait-il de bons yeux quand il vous a choisi Ce marquis campagnard, fantasque en cramoisi?
BLANCHE
Ahl ne m'en parle ppint qu'avec respect, Lisette.
Je te l'ai déjà dit, encor qu'il me maltraite.
Quelques cruels tourments qu'il me fasse endurer.
Il ne m'est pas permis même d'en murmurer.
Fais vîtement sortir ce cavalier. Je tremble
Que quelqu'un du logis ne vous rencontre ensemble ;
Dis-lui que je l'estime autant que je le doi,
Et que de 1 action qu'il a faite pour moi,
La mémoire en mon cœur par le devoir tracée.
Par la longueur du temps ne peut être effacée ;
Et que je n'aurais pas refusé de le voir.
Si je l'avais pu faire et suivre mou devoir*
LISETTE
On va bientôt souper; Tous nos gens vont et viennent^ Et ceux de ce marquis tous les passages tiennent. Je crois qu'ils sont payés pour eu user ainsi; Mais je prendrai mon temps; et pour vous, hors d'ici, Allez dans votre chambre, et ce pendant Lisette Tirera le captif de sa noire cachette.