ACTE IV, SCENK II. IGl
Avancer d'un hymen la célèbre journée,
Et crois-tu voir plus tôt ta tête couronnée?
On a vu des vainqueurs insulter aux vaincus.
Insulter aux vainqueurs, ah ! c'est bien faire plus.
Tu mérites par là de posséder Elise,
Quand on ne l'aurait pas à ta valeur promise.
AMIKTAS.
Tu m'insultes toi-même, et tu sais en ton cœur
Que j'ai peu mérité ce reproche moqueur;
Tu sais bien que je perds l'espérance d'Elise,
Et qu'à ton seul vainqueur elle s'était promise :
Et ne reproche point de noire lâcheté,
Toi qui viens de commettre une infidélité.
Pendant notre combat avoir pris une place;
Quelque injustice après que la Chypre te fasse,
Tu l'auras attirée en lui manquant de foi,
Et tu te plains à tort de mon père et de moi.
Mais je te dois la vie et l'honneur me conseille
De rendre à mon vainqueur une grâce pareille.
Pour reprendre sur lui, sans passer pour ingrat,
L'honneur que m'a fait perdre un malheureux combat.
Ta mort et ta fortune à nos fers asservie,
Peut pourtant m'assurer le bonheur de ma vie :
Mais je veux ne devoir mon bonheur qu'à mon bras,
Mériter la victoire et ne la voler pas.
De quelque rare prix que soit la récompense
Dont tes fers resserrés flattent mon espérance.
Je les briserai tous au lieu d'en profiter;
Je te conserverai ce que je peux t'ôter.
Mais pourtant sans cesser après de te poursuivre.
OROSMANE
Va! ni moi de te vaincre et de te laisser ^vivre.
aminïas.
Que veux-tu cependant que je fasse pour toi ?
OROSMANE
Me laisser, si tu veux, ici seul avec moi. Le travail du combat, de la mer, du naufrage. Les efforts que j'ai faits à gagner le rivage, M'accablent de sommeil; et de soins combattu, Mon esprit cède enfin à mon corps abattu.
AMINTAS
A l'instant si tu veux...
OROSMANE
Je ne veux autre chose ;
Adieu, prince, et du moins permets que je repose.
Orosmane s'endort.
AMINTAS
Oh I qu'avec tous les soins qui me vont combattant, Je suis bien éloigné d'en pouvoir faire autant !