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SCÈNE V OROSMANÉ, ÉLISE, AMINTAS

OROSMANfi.

A moi, cruelle Elise I

ÉLISE

0 dieux ! il m'a nommée !

OROSMANE

Après la foi promise ?

Hélas !

ÉLISE

N'écoutons point un songB suborneur.

Qu'un démon tutéiaire oppose à ma fureur. Achevons..*

AMINTAS

Ah I madsune, et que voulez-vous faire 2

ÉLISE

Amintas contre moi protéger le corsaire ! Amîntas m'épier I

OROSMANE

Ma princesse^ est-ce vous ?

Et puis-je donc encore embrasser vos genoux?

ÉLISE

Où suis-je? ô dieuxl que vois-je? et que viens-je d'entendre? Dois-je croire à mes yeux ? est-ce une ombre ? est-ce Ai-

OROSMANE. [candre ?

Oui, princesse, je suis cet amant trop heureux. Si dans les longs malheurs d'un exil rigoureux^ La seule déité de mon cœur adorée, M'a conservé la foi qu'elle m'avait jurée: Mais je suis des amants le plus infortuné, Si je n'ai plus un cœur que vous m'avez donné.

ÉLISE

Hélas ! ce qu'à l'instant pour venger mon Alcandre, Mon bras contre lui-même était prêt d^entreprendre, T'empêche de douter que ma fidélité Ne soit toujours pour toi ce qu'elle avait été. Dieux ! si dans la fureur dont j'étais prévenue,

Votre puissante main ne m'avait retenue,

Si la mienne eût donné par un barbare effort,

A tout ce qui m'est cher une sanglante mort,

En quel abime affreux te serais-tu jetée.

Amante trop crédule et trop précipitée ?

Et quel crime une erreur, maîtresse de nos sens,

Ne peut faire commettre aux feux plus innocents ?

OROSMANE

Si vous m'aimez encore, ô divine princesse !

De tous ces longs malheurs qui me suivaient sans cesse.

Je ne conserve pas le moindre souvenir.

Je perds même la peur de tous maux à venir ;

Et puisqu'enfin le ciel permet que je vous voie,

Je ne m'en plaindrai plus, quelque mal qu'il m'envoie.

Ne craignons rien du ciel après un bien si doux, Ce ne peut être en vain qu'il s'est changé pour nous. Nos fidèles amours si longtemps tourmentées. Nos peines, nos douleurs à la fin surmontées. Témoignent que le ciel en nous faisant souffrir, N'a voulu qu'éprouver ce qu'il voulait chérir.

AMINTAS

Un malheureux amant, trop heureuse princesse.

Ne peut plus être ici qu'un objet de tristesse,

La sienne troublerait vos mutuels plaisirs.

Et toi, puissant obstacle à mes justes désirs.

Et de qui le bonheur achève mon désastre,

Par quel charme secret, quel ascendant, quel astre,

As-tu pu suborner mon cœur à me trahir,

A t' aimer malgré moi, toi qu'il devrait haïr?

Je te devais la vie. Elise peut t'apprendre

En quelle occasion je viens de te la rendre.

Je veux briser tes fers, puisque je l'ai promis ;

Mais, ô le plus mortel de tous mes ennemis I

Il faut que j'obéisse au sort qui me maîtrise ;

ELISE

Ah! n'attends rien de moi par une telle voie. Ni d'Alcandre ennemi que jamais je te voie.

AMINTAS

N'espérez pas aussi qu'amant désespéré. Je laisse mon rival dans un calme assuré.

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