NICANOR, ÉLISE
NIGANOR.
Le ciel me venge enfin, Et met entre mes mains ta vie et. ton destin. Déshonneur de ton sang, peste de ta patrie, De mon lâche Amintas la basse idolâtrie Ne s'opposera plus à ma juste fureur, Et je te confondrai dans mon dernier malheur.
ÉLISE
Achève ! est-ce à moi, lâche, à t'en donner l'audace ? Qu*attends-tu ? que mon cœur s'effraie à ta menace? Il est troc dès longtemps aux maux accoutumé Pour avoir peur de toi, ni de ton bras armé. Frappe donc, vieux tyran, immole ta victime. Hâte les châtiments que mérite ton crime. Sois Nicanor enfin ; mais, méchant, hâte-toi ; Sois ingrat à ton frère et perfide à ton roi. D'un vengeur offensé crains la juste colère.
NICANOR
Qu'il vienne à ton secours, qu'il vienne ton corsaire :
Il ne manque plus rien à mon ressentiment.
Que de t'ôter la vie aux yeux de cet amant.
Il te verra périr au plus fort de ta joie.
Mon âme à ce penser dans le plaisir se noie,
Et si j'ai différé de te faire mourir.
C'est pour plaire à ma haine, et te faire souffrir.
ELISE
Et moi, pour te parler dans la même franchise. Je te hais beaucoup moins que je ne te méprise.
NIGANOR.
Amante d'un pirate, après ta lâcheté Peux-tu parler encore avec tant de fierté ?
ELISE
Eh ! qu'était donc tantôt la tienne devenue. Quand tu gardais Paphos, et que tu l'as perdue ? Que faisait ta valeur dans les murs de Paphos, Quand les soldats sans chef t'on fait tourner le dos ?