‹ Théatre completChapitre 407 sur 407 · ACTE V, SCEXE X · texte numérisé non relu

ACTE V, SCEXE X

ÉLISE

Hélas ! Alcandre, Ta valeur désormais ne peut plus me défendre. Mais punis un tyran, quoi qu'il puisse arriver ; Préfère ma vengeance au soin de me sauver.

OROSMANE

Tigre affamé de sang, que penses-tu donc faire ?

NICANOR

Me venger d'une ingrate, en dépit d'un corsaire.

OROSMANE

Verser le sang d'Elise !

NICANOR

Arrête, ou tu feras De cette chère Elise avancer le trépas. Arrête, dis-je, et vois cette main toute prête A troubler par sa mort l'aise de ta conquête. Tremble, songeant au sang que ce fer va verser. Si tu veux qu elle vive, il faut y renoncer ; Il faut quitter la Chypre, et loin de cette terre Aller porter ailleurs tes crimes et la guerre.

OROSMANE

Eh ! n'és-tu point touché de cet objet charmant ? Barbare !

NICANOR

Ah ! je suis sourd aux plaintes d'un amant. Prends parti, si tu veux.

OROSMANE

En puis-je prendre un autre Que de sauver sa vie, et de perdre la nôtre ?

ÉLISE

Garde- t'en bien, Alcandre, et que par mon danger Ton cœur plutôt s'irrite et songe à me venger.

Hélas I il est trop tard, ma divine princesse. En vain mon triste cœur me conseillait sans cesse De ne la point quitter ; mon respect m'a trahi, Et je suis malheureux pour avoir obéi.

Mais pouvant la sauver par un trépas funeste. Hâtons-nous de jouir du seul bien qui nous reste. Prends ce fer, cruel prince I et maître de mon sort. Sauve ma chère Elise, et me donne la mort.

SÉBASTE, à l'oreille d'Orosmane.

Seigneur...

NICANOR

Et d'où lui vient cette fatale épée ?

SÉBASTE.

Tant plus à Tobserver ma vue est occupée, Tant plus je m'y confirme et je le reconnois. Nicanor, connais-tu mon visage et ma voix ?

NICANOR

Et serais-tu Sébaste ?

SÊQA8TE«

0 l'heureuse journée, Que je revois Tépoux d'Aminte infortunée I Vois ton fils, Nicanor, mais qu'un bizarre sort Obligea plusieurs fois à souhaiter ta mort. Il fut ce vaillant roi gu'a refusé pour gendre. Et qu'a depuis détruit l'ambitieux Pisandre ; Il est fils de la jeune et charmante beauté Que quitta sans sujet ton infidélité,

NICANOR

Hélas ! je la quittai, mais sans être infidèle ; Et sans les longs malheurs d'une prison cruelle, Le courroux de son père, ou la peur du trépas. N'eussent pu m'empôcher de revoir ses appas. Mais serait-il mon fils, ce corsaire invincible ? Et croirai-je qu'Aminte à l'oubli trop sensible, Ait pu sitôt changer en dédains rigoureux Les tendres sentiments de son cœur amoureux ? Me dérober un fils si grand par son mérite, Qu'il semble que la terre est pour lui trop petite. Pourquoi me le ravir après Tavoir donné ? Pourquoi laisser sans père un fils infortuné? Le crime se doit-il punir sur l'innocence ? De combien d'actions pleines de violence Noircit-elle mon nom par cette longue erreur ? Et doit-on croire ainsi son aveugle fureur ?

SÉBASTE.

De quoi me servirait une pareille feinte ?

De quoi servirait-elle au vaillant fils d'Aminte ?

En l'avouant pour fils, qui gagne plus que toi ?

Tu n'as que trop douté, crois-mol, prince, crois-moi,

NICANOR, à pAPt

H est vrai que ie trouve en ce noble visage De la reine et ae moi la ressemblante image, 0 son fils ! 6 le mien I car je n'en doute plus, Pardonne, généreux, à ton père confus.

Qui t*a longtemps haï sous le nom d'un corsaire, Et fait gloire aujourd'hui d'être connu ton père.

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