‹ Théatre completChapitre 42 sur 407 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

DON BLAIZE, USETTE,DON SANCHE, ORDUGNO.

D. BLAIZE

Ordugno !

LISETTE

Le voici, mon dieu, que ferons-nous?

D. BLAIZE

Eh ! viens donc, Ordugno?

Vite, recachez-vous, Maudit soit TOrdugno. Je tremble en chaque membre.

D. BLAIZE

Ordugno !

ORDUGNO.

Pourquoi donc sortir de votre chambre?

D. BLAIZE

Mes amoureux soupirs en ont échaufîé Tair, Et pourraient à la fin moi-même m'y brûler.

ORDUGNO.

Que ne reposez-vous votre personne lasse?

D. BLAIZE

Je ne puis demeurer longtemps en une place. Triste comme je suis.

ORDUGNO.

Pourquoi triste?

D. BLAIZE

Pourquoi?' Quel mortel ici-bas doit l'être plus que moi? Je veux absolument me cacher d'un beau-père, Qui me trouve d'abord, grâce à mon sot de frère : Qui contre l'ordre exprès à lui par moi donné, A lui frère cadet par moi son frère aîné, Qui contre Tordre donc, porté dans ma missive. De ne révéler pas à personne qui vive Que je suis dans Madrid, a d'abord découvert L'infaillible moyen de me prendre sans vert.

Et qu'ordonniez-vous donc à don Sanche?

D. BLAIZE

De faire Investigation de Blanche et de son père ; Savoir ce qu'on en dit dans la cour de Madrid ; Car si quelqu'un de Blanche avait surpris l'esprit,

ACTB III, SCÂNE II. 25

Par conséquent le corps, je n'aurais gue son reste, Et ma honte bientôt deviendrait manifeste ; Ainsi don Blaize Pol encorné plus qu'un bœuf, Aurait à souhaiter de se voir bientôt veuf : Au Heu que si mon frère eût caché ma venue. Cette maison bientôt m'aurait été connue ; Et cela fait, suivant mon information, Ou bien j'aurais agi par consommation, Ou bien j'aurais d'abord rompu mon mariage ; Mais il n en est plus temps, Ordugno, dont j'enrage. Qui pis est, le beau-père est de ces esprits doux, Qui sur tout, en tout temps sont d'accord avec vous; Qui ne quittent jamais leur douce procédure, Et qui rient au nez quand on leur fait injure.

D. SANCHE , à part d'où il est caché.

Le fantasque qu'il est, m'aurait pris en défaut. S'il n'eût ainsi parlé de sa lettre tout haut ; Mais je puis maintenant dire que je l'ai lue, Quoiqu'a dire le vrai, son valet l'ait perdue.

D. BLAIZE

Mais épluchons un peu la future moitié. Qu'en dis-tu?

ORDUGNO.

Qu'elle est belle.

Et trop de la moitié.

Et de cette suivante un peu trop familière?

0RDU6N0.

Qu'elle me plaît beaucoup.

D. BLAIZE

Elle ne me plaît guère.

Gomment 1 à sa maîtresse, à la barbe aes gens. Elle parle à l'oreille, à toute heure, en tout temps. Loin de moi, loin de moi soubrette qui conseille : On dispose du cœur de qui l'on a l'oreille ; On dispose du corps de qui l'on a le cœur. Gela fait, un mari se trouve sans honneur. Va, va-t-en dans ma chambre, apporte une lumière, Je ne veux pas laisser le moindre coin derrière Où je n'aie porté mes regards et mes mains. Si j allais y trouver le malheur que je crains, Quelque galant caché, je ferais rumeur telle, Que mon maudit hymen se romprait par querelle.

D. SANCHE , daas sa cachette.

Si cet extravagant cherche partout ainsi,

Il ne faut point douter qu'il ne me trouve ici ; Mais je me puis sauver tandis qu'il ne voit goutte.

D. BLAIZE

J'entends marcher quelqu'un auprès de moi, sans doute. Qui va là?

D. SANCHE

Qui va là toi-même?

Es-tu mortel, Ou fantôme?

D. SANCHE

Je suis homme vivant, et tel.

Que pour avoir osé profaner la demeure Et l'honneur d'un marquis, je t'étrangle sur l'heure.

D. BLAIZE

Tu me serres la gorge, homme trop ponctuel I Mais je t'étranglerai d'un effort mutuel. Démon ! car tu ne peux être un homme ordinaire, Après le mal cruel que tu me viens de faire. Que cherches-tu céans?

D. SANCHE

J'y cherche à te punir.

D. BLAIZE

Et d'où prends-tu l'audace et le droit d'y venir?

Ordugno en entrant éteint sa chandelle contre le visage de son maître

Ordugno ? l'étourdi m'a brûlé le visage.

ORDUGNO.

Qui diable vous croyait aussi dans mon passage ?

D. SANCHE

Ah, mon frère I est-ce vous? à la voix d'Ordugno Je vous ai reconnu.

D. BLAIZE

Frère, ou plutôt bourreau, A quoi bon m'étrangler.*»

A dessein de vous plaire^

D. BLAIZE

La belle invention pour hériter d'un frère !

D. SANCHE

Vous me l'aviez écrit.

D. BLAIZE

Oui, de vous informer De Blanche et de ses mœurs, non de vous enfermer Dans son logis de nuit, mon cadet! c'est trop faire. C'est transgresser tnon ordre, enfin c'est me déplaire:

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