ACTE III, SCENE II
D. SANCHE
Je n'ai point eu dessein que de vous obéir.
D. BLAIZE
Mais n'avez-vous point eu celui de me trahir?
D. SANCHE
Votre lettre en mes mains ne fut pas plus tôt mise, Qu'afin d'exécuter vos ordres sans remise, J'entrai dans ce logis.
D. BLAIZE
Où je vous vois caché.
Qui vous y fit entrer?
D. SANCHE, Apart
Je suis bien empêché.
D. ELAIZE.
Parlez donc : qu'avez-vous à vous gratter la tête? Eûtes-vous pour cela quelque prétexte honnête? Car on n'introduit pas pour rien et sans sujet, Dans un logis d'honneur, un cavalier suspect.
D. SANCHE
Je priai, je promis, je gagnai la suivante, Feignant pour sa maîtresse une amour violente.
D. BLAIZE
N'avais-je pas bien dit? la friponne qu'elle est,
A la fidélité préfère l'intérêt.
Je m'en veux éclaircir, puisqu'il y va du nôtre.
Prenez cette casaque, et me donnez la vôtre,
Et ce pendant allez dans ma chambre. Ordugno ,
Vous tiendrez compagnie à ce godelureau.
Je vais bien attraper la maudite soubrette,
Elle croira venir tirer de sa cachette
Mon frère, et me prendra pour ce larron d'honneur ;
Et je découvre ainsi ce qu'elle a sur le cœur.
D. SANCHE, à part.
Il va tout découvrir, ô la sotte défaite Dont je me suis servi I
D. BLAIZE
La maudite soubrette Sur la foi des manteaux troqués si prudemment, Pour don Sanche aura pris don Blaize assurément Elle viendra bientôt le tirer de sa geôle. Et lors je ne dis pas que sur sa tendre épaule Coups orbes et pesans par moi ne soient donnés ; Mais je lui veux avant tirer les vers du nez.
LISETTE, croyant parler à don Sancbe.
Le sot homme est sorti.
D. BLAIZE, à part.
Peste 1 comme on me nomme.
LISETTE
Ah! que n'est-il déjà doublement un sot homme !
D. BLAIZE , contrefaisant sa Yoix.
Bon. Du plaisir reçu je me revancherai.
LISETTE
Je n'ai rien fait au prix de ce que je ferai. Sortez donc. Ce marquis nous fera de la peine , Fantasque comme il est.
D. BLAIZE, à part.
Ah! la double vilaine!
LISETTE entend Tenir don Sancbe qu'elle croit don Blaize.
Dieu me veuille assister! ne le voilà-t-il pas?
Elle s'enfuit.
Songez à vous; pour moi, je me sauve à grands pas.
D. BLAIZE
Ah! c'est vous, pourquoi donc venir sitôt, mon frère?
Le désir de savoir le secret d'une affaire,
Où notre honneur commun peut être intéressé,
En est cause.
D. BLAIZE
Ma foi, vous étiez bien pressé.
D. SANCHE
Qu'avez-vous donc appris?
D. BLAIZE
Trop. D'abord la traîtresse M'a promis sa faveur auprès de sa maîtresse. Puis m'a donné du sot et du fantasque aussi : Mais je lui veux apprendre à me traiter ainsi. Chaque chose a son temps ; et quant à vous, don Sanche, Je veux que vous feigniez d'être amoureux de Blanche. Je veux par votre amour adroitement joué. Découvrir si son cœur vous peut être voué: Et je pourrai, peut-être avec la même feinte. Découvrir si ce cœur n'a point eu d'autre atteinte. Vous pouvez bien penser que je serais gâté. S'il fallait que la belle en eût déjà tàté. L'adresse à ce dessein n'est pas peu nécessaire : N'y faites pourtant pas tout ce qui s'y peut faire. Que votre feint amour n'ait rien d'incontinent.
D. SANCHE
Ce mari curieux, qu'on nomme impertinent, N'en a jamais tant fait.