ACTE V, 8CEMS VII
Ayons recours aux pleurs, quand la constance cède.
D. BLÀIZE.
Et qu'est-ce qu'elle a donc à s'affliger ainsi ? Et celui qui la mène, et la suivante aussi?
D. GOSME, pleurant.
Us me font grand'pitié.
D. BLAIZE, pitiarant.
S'ils pleurent davantage, Il faudra bien aussi humecter son visage. Peste soit des pleureurs I
D. COSME
Ah, ma fille I vos pleurs.
Au lieu de vous servir, aigrissent vos douleurs.
STÉPHANIE
Adorable ennemi! que je hais, que j'adore, Tes injustes rigueurs durent-elles encore?
D. BLAIZE
Belle qui pleurez tant, inconnue à mes yeux, Voudriez-vous pleurer moins, ou vous expliquer mieux?
STÉPHANIE , lui sautant aux yeux.
Tu ne me connais pas, ingrat ! Ah ! tout à l'heure.
Il faut que je t'étrangle, ou qu'un de nous deux meure.
D. BLAIZE
Haye, haye, haye, Ordugno ! mon cher frère I Merlin ! Venez me délivrer de cet esprit malin.
Perfide! scélérat!
D. BLAIZE
Seigneur, en qui j'espère.
N'était-ce pas assez de ce maudit beau-père? Sans lâcher contre moi la dame d'Angola?
STÉPHANIE
Dis d'Alcalca, méchant I auprès de Malaca.
D. BLAIZE
D'Angola, d'Alcalca, Malaca : que m'importe De bien dire son nom? que le diable m'emporte Si je t'ai jamais vue, et si je crois jamais Te voir!
D. COSME
Vous ne pouvez refuser désormais D'épouser en public ma fille.
D. BLAIZE
Ah, cher beau-père!
En s'adressant à Blanche.
De bon cœur. Venez donc, ma belle.
63 LB MARQUIS RIDICULB.
D. SANCHE
Non, mon frère, Blanche n*est plus à vous, Blanche n'est plus qu'à moi ; En matière d'amour nul ne me fait la loi.
D. BLAIZE, à Blanche.
Et VOUS y consentez?
BLANCHE
Que mon père y consente, Et je m'estime heureuse, honorée et contente.
D. BLAIZE
Et vous, don Cosmeî
D. GOSMB.
Et moi, je vous dirai qu'il faut Que vous donniez la main à ma fille au plus tôt.
D. BLAIZE
Je le veux.
D. COSHE.
Mais ma fille est cette belle dame.
Comtesse d'Alcalca.
D. BLAIZE
Grand Dieu que je réclame I Est-ce pour mes péchés que je suis à Madrid?
O. COSMB.
Mais peut-on contester contre son propre écrit. Ma fille étant bien faite?
D. BLAIZE
Hé diantre ! elle est trop belle.
Et c'est pour cela seul que je ne veux point d'elle. Mon front serait ^âté s il devenait cornu, Et je n'épouse point de visage inconnu. Don Blaize, il faut quitter cette maudite terre, Où tout le genre humain me déclare la guerre; Où l'on voit tant de fous, où l'on force les gens Au fâcheux joug d'hymen, même malgré leurs dents. Don Cosme, pour r'avoir ma maudite promesse, Et pour n'épouser pas ta fille, ou ta comtesse, Un dangereux dragon qui m'a pris au gosier, Et qui me dérobant certain portrait hier, M'égratigna les mains, je reconnais sa taille, Et je gagerais bien que ce n'est rien qui vaille : Pour m'en délivrer donc et partir à l'instant, Je veux bien qu'il m'en coûte un peu d'argent comptant.
D. GOSHB, à Stéphanie.
Il faut le prendre au mot, vous ne sauriez mieux faire.