‹ Théatre completChapitre 70 sur 407 · LE COMTE, LÉONORE, BÉATRIX · texte numérisé non relu

LE COMTE, LÉONORE, BÉATRIX

LE COMTE

Vous ne voulez donc pas^ madame, que je sorte?

LÉONORE

Non, je ne le veux pas. Ferme, ferme la porte.

60 L*éCOLIER DE SALÂMANQUE.

LE COMTE

Ouvre-moi, Béatrix.

BÉATRIX

Je ne puis ni ne dois.

Maudit soit le verrou qui m*a pincé les doigts?

LE COMTE

Béatrix.

LÉONORE

Ferme-la, quoi qu'il te puisse dire.

BÉATRIX

Elle l'est, autant vaut.

Madame, est-ce pour rire Que vous voulez ainsi m'enfermer malgré moi?

LÉONORE

Non, c'est pour Réprouver.

LE COMTE

M'éprouver! et pourquoi?

LÉONORE

Tu ne t'en iras pas sans m'avoir écoutée.

LE COMTE

S'il ne tient qu'à cela, vous serez contentée.

LÉONORE

Mais je veux qu'on m'écoute avec attention.

BÉATRIX

Mais vous, parlez plus bas, de peur d'invasion. Notre vieillard qui dort, est d'un sommeil fort tendre ; Si vous parlez trop haut, il pourra vous entendre.

LE COMTE

Eh bien, madame.

LÉONORE

Eh bien, pour me faire écouter, Devrais-je être réduite à te faire arrêter? Est-ce là l'action d'un amant si âdèle?

LE COMTE

Madame, je me tais; mais vous cherchez querelle.

Je ne la cherche point : mais toi m'en accuser. C'est m'en vouloir faire une, et c'est en mal user. Depuis que tes respects, tes soupirs et tes plaintes Ont su gagner mon cœur et dissiper mes craintes, Enfia depuis le temps que la première fois. Tu me juras de vivre et mourir sous mes lois; Deux hivers à la terre ont ses beautés volées. Et deux étés deux fois les ont renouvelées.

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