‹ Théatre completChapitre 76 sur 407 · ACTE I, SCBNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCBNE III

Chôment les samedis comme les vendredis, Haïssent les leçons comme les patenôtres, Et ne font, chaque jour, que débaucher les autres. La nuit venue, ils vont enlever des manteaux, PJier quelque toilette et jouer des couteaux. Ils se couchent fort tard et se lèvent de même. Une servante maigre, acariâtre, blême, Sèche, ferrant la mule, et qui compte trente ans, Depuis qu'elle renonce à l'usage des dents. Leur apprête à manger. Chacun y mange en diable, Ou, si l'on veut, en chien. Un coffre y sert de table, Du vin en quantité, peu de mets délicats ; '

Des livres pleins de graisse y tiennent lieu de plats. Quand l'un mange trop fort, les sept autres enlèvent Ce qu'il a devant lui, le pillent et s en crèvent : S'entend, alors qu'ils ont bien de quoi se crever. Car souvent ce n'est pas coup sûr que d'en trouver. En peu de mots, voila de votre fils la vie.

LEONORE

De sa relation, pour moi, je suis ravie.

D. FEUX

Pour un sot de collège, il parle plaisamment. Mais u'a-t-il rien de bon, ce mauvais garnement?

CRISPIN

De bon I il a tout bon, quoi que j'aie pu dire.

Il est de bonne humeur, il a le mot pour rire ;

Quand il est question d'un discours sérieux,

Un Caton le censeur ne le ferait pas mieux.

Il est officieux, ne refuse personne.

Il prête sans regret, sans faire attendre donne.

Il est fort ponctuel alors qu'il a promis.

Civil, quoique vaillant, et fait beaucoup d'amis,

Au reste libéral autant qu'un Alexandre.

Enfin, c'est grand malheur c[u'il n'a de quoi dépendre.

Ayant bon appétit et de meilleures dents.

Voilà comme j'étais durant mes jeunes ans. H faut que de mon fils la jeunesse se passe. Tiens, voilà de l'argent : mais dis-lui bien qu'il fasse Beaucoup mieux qu'il n'a fait, et qu'il soit ménager. Quoi ! des bottes, faquin I comme un chevau-léger. Comment es-tu venu ?

CRISPIN

Par la poste, en charrette.

D. FÉLIX

L'invention m'en plaît : va, ta dépêche est faite.

CRISPIN

Vous n'écrivez donc point ?

D. FÉLIX

Non, de l'argent suffit.

CRISPIN

C'est agir, à mon sens, comme un homme d'esprit. Que Dieu garde de mal tout père de la sorte. Là-dessus je prendrai le chemin de la porte.

Il s'en va.

D. FÉLIX

Je ne saurais dormir alors qu'on m'a fâché, Et ma toux me reprend quand je veille couché. Vous autres, couchez-vous, il est tantôt une heure : Mais appelez Crispin. J'oubliais, ou je meure, De lui dire une chose importante à mon fils, Tl faut le rappeler ; va vite, Béatrix.

Vraiment il est bien loin d'ici, le vilain homme, Il a tiré de longue, ayant touché la somme; J'aurais beau l'appeler, il ne m'entendrait pas.

D. FÉLix.

La double paresseuse I à peiue est-il en bas, n peut être en la rue, appelle à la fenêlre.

BÉATRIX

De la façon qu'il court. Monsieur, il n'y peut être.

D. FÉLIX

Peut-être est-il encore auprès de la maison.

LÉONORE

Et que lui voulez-vous?

D. FÉLIX

Oui, je rendrai raison De ce que je commande.

LÉONORE

Ah 1 Béatrix, je tremble, Notre comte est trouvé : bons dieux I

BÉATRIX

Il me le semble«

D. FÉLIX

Venez voir comme il faut appeler un valet; On a collé, sans doute, ou cloué ce volet. De la façon qu'il tient.

Ma frayeur est extrême;

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