LE COMTE, DON FÉLIX, LÉONORE, BÉATRIX
LE COMTE
C'est un homme enfermé, Qui n'est pas sans courage et n'est pas mal armé.
D. FÉLIX
0 toi, qui aue tu sois, de qui je prends ombrage, Tant pour l'heure, le lieu, que pour ton équipage, Et de qui la surprise est la conviction, Qui t'a mis en ces lieux?
LE COMTE
A telle question, Je ne te répondrais qu'avec un coup d'épée. Si tu pouvais venger ta vieillesse frappée : Mais ta main est sans arme, et pour des cheveux gris Je n'ai point de colère et n'ai que du mépris.
D. FÉLIX
Permets-moi de sortir, promets-moi de m'attendre, Et tu seras bientôt réduit à te défendre.
LE COMTE
Je t'attends, va t'armer, et puis reviens mourir.
Aby mon père I
D. FÉLIX
Ah, ma fille !
LÉONORE
Où voulez*vous courir?
D. FÉLIX
Aide à mon ennemi, sers à ton propre outrage, Je vois mon déshonneur écrit sur ton visage.
LÉONORE
Mon père, où vous conduit une aveugle fureur? Vous ne la pouvez suivre et sauver mon honneur. Puisqu'on veutm'épouser, puisqu'on m'aime etque j'aimé, Perdrez-Vous mon époux, vous perdrez-vous vous-même ?
LE COMTE
Otez ce nom d'époux de votre souvenir.
J'ai promis, il est vrai ; mais sans vouloir tenir.
D. FÉLIX
Puisque tu Tas promis, il faut que tu le tiennes,
Et l'inégalité de mes forces aux tiennes
Ne diminuera rien de mon ressentiment.
Satisfais Léonore, et sans retardement.
Ou ravis à la fois mon honneur et ma vie :
Ta rage ainsi sera pleinement assouvie.
Tu prétends, moi vivant, refuser, inhumain...
LE COMTE
A toi, de te combattre : à la fille, ma main.
On joint malaisément sous les lois conjugales
Ceux dont les qualités se trouvent inégales.
Tes injures, tes cris ne peuvent m'irriter.
Je veux un ennemi qui puisse résister.
Je ne veux point de femme, et quand j'en voudrais une,
J'en choisirais une autre et d'une autre fortune.
Pour me la faire prendre, il fallait me prier.
Non pas me quereller, non pas m'injurier.
Je ne fais rien par force, et fais tout par prière ;
Aux humbles, je suis doux ; aux fiers, j'ai l'àme fière.
Et puis vos déplaisirs me seront imputés ?
Prenez, prenez-vous-en à vos témérités.
J'ai dit sur le sujet tout ce que je veux dire ;
Pensez-y mûrement, et que je me retire.
D. FÉLIX
Tu ne t'en iras pas sans me faire raison.
LE COMTE
La bravoure sied mal à tout homme grisou.
D. FÉLIX
D'autres bras que les miens vengeront mon offense.
Je m'en vais, de ce pas, songer à ma défense.
LÉONORE
Ah I perâde, sans foi.
LE COMTE
Ne vous fâchez pas tant, Pour remède à vos maux j'ai de l'argent comptant. Adieu, bel ange en pleurs. Et vous, vieillard colère, Ne vous pressez pas tant de devenir beau-père.
Il s'en va.
D. FÉLIX
Ah I si ton bras m'épargne, insolent ravisseur. Je préfère ses coups à ta fausse douceur. M'ayant ôté l'honneur en ma fille ravie, Pour allonger mes maux me laisses-tu la vie?