ACTE II, SCENE I
Viens, viens finir mes jours, ils n'ont que trop duré, Si j'avais moins vécu j'aurais moins enduré. Mais différons encor cet extrême remède. Rappelons cependant don Pèdre dans Tolède. Ce fils que Dieu me laisse est jeune et courageux, Il saura bien venger un mépris outrageux. Et si, dans ce dessein, sa vaillance succombe. Nous chercherons alors le repos dans la tombe. Et toi, fâcheux objet de mes yeux désolés, Va-t-en verser plus loin tes pleurs dissimulés. Évite ma fureur, crains ton généreux frère. Et plus que tout cela, crains le ciel en colère ; Il n'est point favorable aux amants aveuglés. Et fait payer bien cher les plaisirs déréglés. Béatrix, donne-moi l'épée et la lanterne Qui sont près de mon lit.
Je veux que Ton me berne, S'il ne fera le fou.
D. FÉLIX
Vas-y donc promptement.
Dïci près, chaque jour, partent journellement La plupart des cochers qui vont à Salamanque : Ils n'y séjourneût point, n'y font pas longue banque : Bien commode moyen de faire revenir Don Pèdre; je vais donc sa place retenir. Son coquin de valet s'est amusé peut-être, Et n'aura pas encor retourné vers son maître.