SCÈNE VI LE PRÉVÔT, LE COMTE, des archers, DON PÈDRE
LE PREVOT
Monsieur, vous trouverez ma visite incivile ;
Mais le triste accident qui m'amène si tard, Veut que sans différer l'on vous en fasse part. On vient d'assassiner don Louis votre frère Devant votre logis.
LE COMTE
Et l'assassin?
LE PREVOT
J'espère Que nous l'aurons bientôt ; car j'ai su d'un voisin Que l'on a vu céans entrer cet assassin.
LE COMTE
L'avis est téméraire, et même peu croyable. Après la mort d'un homme, il n'est pas vraisemblable Que celui qui le tue, aille se perdre au port, Et chercher un asile en la maison du mort. Au fort de la rumeur j'ai fait fermer ma porte. Et je n'ai pas permis qu'aucun de mes gens sorte ; Je ne suis pas sorti moi-même, et l'on n'a pu Cacher quelqu'un chez moi, que je ne l'aie su.
LE PRÉVÔT
Vous avez l'intérêt tout entier dans l'affaire. Le nôtre est seulement le dessein de vous plaire.
LE COMTE
Faites ce qu'il faut faire en un pareil malheur, Et pardonnez, messieurs, à ma juste douleur, Si je ne me tiens pas avec vous davantage;
LE PREVOT
Nous ferons notre charge.
II s'en va.
LE COMTE
0 désespoir I ô rage ?
Quel parti dois-je prendre en l'état où je suis? Je ne me puis venger, lorsque plus je le puis; Je dois à ma parole, et je dois à mon frère; Je dois vonger sa mort, si j'en crois ma colère; Je dois la pardonner, si je garde ma foi. Hélas! qui fut jamais plus empêché que moi ! Cavalier, savez-vous qui je suis?
D. PÈDRE
Oui, ma vie.
Sans votre prompt secours, m'aurait été ravie.
LE COMTE
Ne vous étais-je pas connu?
D. PÈDRE
Non.