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ACTE II, SCSNE IX

D. PÉDRE.

Vous voyez bien pour quoi je manque à ma promesse ;

Mais puisqu'à la tenir mon honneur s'intéresse,

Un homme à qui je dois et la vie et l'honneur,

Ne me traitera pas dans toute la rigueur.

Un père qu'on outrage, à qui la force manque.

Et qui croit que je suis encore à Salamanque,

Lui qui peut tout sur moi, me conjure instamment

De le venir trouver et sans retardement.

Logeant au même lieu que la poste demeure.

Mon hôte m'a rendu sa lettre tout-à-l'heure :

Je vous conjure donc, ennemi généreux,

Puisqu'aussi bien me vaincre est un exploit honteux,

Que je n'ai point d'honneur, puisqu'on Vote à mon père,

Qu'un homme sans honneur ne peut vous satisfaire ;

De me donner le temps de me mettre en état,

Ou de tenir parole en fuyant le combat.

Ou bien d'y succomber plein d'honneur et de gloire,

Sans que vous rougissiez d'une telle victoire.

LB COMTE

Oui je ne serai pas généreux à demi.

Je veux vous obliger ennemi comme ami.

Allez, allez venger un père qu'on offense.

D. PÈDRE

Vous verrez des effets de ma reconnaissance.

LE COMTE

Si je les acceptais, ce serait vous trahir: Constant à vous servir, constant à vous haïr, Vous n'aurez pas plus tôt vengé l'affront d'un père. Que je prétends sur vous venger la mort d'un frère; Mais parce qu'étant pris vous êtes en danger. Et qu'ainsi contre vous je ne me puis venger. Remettez à mon bras ce qu'on demande au vôtre. Vous savez que le mien vaut bien celui d'un autre. Oiï loge votre père ? apprenez-moi son nom. Et je vais de ce pas rétablir son renom ; Et quand i 'aurai pour vous satisfait votre père. Je reviendrai sur vous assouvir ma colère.

Ces deux desseins sont beaux et très dignes de vous. Mais le second dépend aucunement de nous ; Ma valeur vous en rend l'issue assez douteuse, La proposition du premier m'est honteuse. Le nom d'un offensé ne se révèle point, L'honneur me le défend, et le même m'enjoint

90 L'ÉCOLIER DE SALAMÂNQUE.

De ne remettre pas à la valeur d'un autre Ce que peut achever un bras comme le nôtre.

LE COMTE

Que voulez-vous donc faire ?

D. PÊDRE.

Éviter le danger D'être pris, sans laisser pourtant de me venger.

LE COMTE

C'est bien fait : jusqu'à tant que j'en puisse autant faire,

Ma maison vous tient lieu d'asile salutaire.

Entrez donc dans ma chambre, et je vais ce pendant

M'assurer d'un ami fidèle et confident :

Une assignation qu'à la nuit on me donne,

Et que non sans sujet de fraude je soupçonne,

M'oblige à me servir de ces précautions.

D. PÈDRE

Je veux rompre avec vous toutes conventions; Je reprends ma parole.

Et pourquoi? *

D. PÈDRE

Je vous fie Mon secret, mon honneur, et je vous dois la vie. Vous ne me croyez pas assez nomme d'honneur, Assez reconnaissant, assez homme de cœur, Pour vous pouvoir servir d'une fidèle escorte. Avec moi vous deviez agir d'une autre sorte ; Et je ne comprends pas pour qui vous m'avez pris, Et comment au bienfait vous joignez le mépris.

LE COMTE

Je vous crois plein d'honneur et de peur incapable,

Et c'est car un motif ^jurement pitoyable

Que je viens vous offrir de vous tenir caché

Dans ma chambre, où jamais vous ne seriez cherché.

Ainsi je tiens par là votre vie assurée,

Et ma vengeance ainsi n'est qu'un peu différée.

D. PÉDRE.

Ou bien vous vous battrez tout-à-l'heure avec moi.

Ou vous vous y fierez, assuré de ma foi

Que je vous garderais contre mon père môme.

LE COMTE

Votre valeur me charme; oui, venez, je vous aime, Quoique ennemi mortel, et nous serions amis. Si par les lois d'honneur il nous était permis.

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