SCÈNE II CRISPIN, BÉATRIX
GRISPIN, en chantant :
Aimez autant que vous êtes aimable ; Sur le point de l'amour soyez- moi donc semblable, Si vous voulez aimer autant que mol, etc.
BÉATRIX
C'est le chien de Crispin.
CRISPIN
Dieu te gard, la soubrette.
Que viens-tu faire ici ?
CRISPIN
Je viens faire diète.
Le fantasque vieillard a rappelé son fils. Nous venons d'arriver tous deux au jour préfix, Moi de mon pied gaillard, sur sa mule mon maître. Je ne puis deviner où le seigneur peut être, Ni comment sur sa mule et parti le premier, U ne sera pourtant ici que le dernier.
Que dis-tu, Béatrîx, de chose tant étrange?
BÉATRIX
Que tu Vailles coucher.
GRISPIN.
Me coucher^ mon bel ange !
Je pourrais t'obéir si je me sentais las; Mais je ne le suis point, n'étant venu qu'au pas.
BÉATRIX
Ton maître donc ?
GRISPIN.
Mon maître est un fou sans remède :
Il bat présentement le pavé dans Tolède, Et sans considérer que son père grisou A changé brusquement depuis peu de maison, Et que moi seul j'en sais le quartier et la rue. Ayant sa lettre seul reçue, ouverte et lue. Ce fameux étourdi, sans me dire pourquoi. En arrivant ici s'est séparé de moi.
Va l'attendre en ton lit.
GRISPIN.
Encor faut-il qu'on vive, Et converser un peu quand des champs on arrive. Lit ni draps d'aujourd'hui ne verront mon corps nu, Que je n'aie causé comme un nouveau venu.
BÉATRIX
Mon Dieul
GRISPIN.
Mon Dieu! au'as-tu, fille la moins traitable Des filles de Tolède, et la moins conversable?
BÉATRIX
Va-t'en chercher ton maître.
GRISPIN.
Oui, mais je suis bien las*
BÉATRIX
Et tu disais tantôt que tu ne l'étais pas.
GRISPIN.
Je ne disais pas bien, Béatrix ma mignonne. Médisons un moment sans respecter personne ; Médis de ta maîtresse, et moi je te dirai Du maître que je sers tout ce que je saurai. Parlons dé nos profits, contons-nous des histoires, Exerçons à l'envi nos heureuses mémoires ; Je t'en veux conter une. Il était une fois Un roii Ce roi faisait sa demeure en un bois;