‹ Théatre completChapitre 96 sur 407 · D. FÉLIX , DON PÈDRE · texte numérisé non relu

D. FÉLIX , DON PÈDRE

D. FELIX, entre sans lumière.

Je ne me trompe pas :

Je viens d'ouïr du bruit, des paroles, des pas, Je veux m'en éclaircir.

D. PEDRE, frappant sur son siège.

Que peut avoir mon père?

D. FÉLIX

A ce bruit que j'entends, si je crois ma colère, Si le fer à la main je cours où j'ois du bruit. On se sauve aisément à l'aide de la nuit. Ayons de la lumière.

D. PÉDRE.

En toute cette rue, Que j'ai cent et cent fois visitée et courue, Il ne logea jamais dame de qualité.

Ni fille de mérite, ou de rare beauté.

Qui méritât d'un comte être galantisée.

L'aventure est pourtant suspecte et mal aisée; Puisqu'un homme de coeur y trouve du danger, Et se munit ainsi d'un secours étranger. Un homme vient à moi Tépée toute nue, Défendons notre poste. Arrête, ou je te tue !

D. FÉLIX

Tu mourras le premier.

D. PÉORE.

C'est mon père I

D. FEUX

Et c'est toi, Don Pèdre, mon cher fils !

D. PÈDRE

Ah, qu'est-ce que je voi I Mon père ici I

D. FÉLIX

Mon fils, qui t'a dit ma demeure?

Et comment as-tu pu la trouver à telle heure?

D. PÈDRE

Oh que non sans sujet ce discours me fait peur I

D. FÉLIX

Il faut mourir, don Pèdre, ou venger mon honneur. Mais, mon fils, je te vois l'âme toute interdite, Et tu me parais froid sitôt que je t'excite. Sais-tu déjà par où notre honneur est taché ? Car un pareil malheur n'est pas longtemps caché : Ou ton bras punissant une vie ennemie, Aurait-il pu déjà venger notre infamie?

Venger notre infamie I

D. FÉLIX

Oui, mon fils, la venger :

Au prix de notre mal, c'est un fardeau léger. Venge-moi, venge-toi.

D. PÈDRE

Ne sachant pas l'ofiTense...

D. FÉLIX

Tu la sauras trop tôt, courons à la vengeance : C'est par ce seul moyen, que notre honneur perdu Ou le sera sans honte, ou nous sera rendu. Mais, mon fils, sans rougir, te puis-je rendre compte Du commun déplaisir qui nous couvre de honte? Epargne-moi, mon fils, la honte et le regret De révéler moi-même un si fâcheux secret.

Dispense-moi, mon fils, d'un récit si funeste, Va-t-en trouver ta sœur, apprends d'elle le reste : Mais si tu m'aimes bien, parle lui doucement, Parle lui de pardon plus cpie de châtiment. En apprenant son mal, apprends-lui son remède : Car enfin dans mon cœur mon sang pour elle plaide, Et souviens-toi qu'elle est et ma fille et ta sœur.

D. PÈDRE

Je sers mon ennemi contre mon propre honneur. 0 Dieu 1 que de malheurs sur moi le ciel assemble !

Don Pèdre, faisons mieux, allons la voir ensemble, Et flattant sa douleur, tâchons de lui montrer...

D. PÉDRE.

Non, mon père, attendez, vous n'y pouvez entrer.

D. FÉLIX

Moi, je n'y puis entrer?

D. PÈDRE

Je vous dis vrai, mon père, Vous n'y pouvez entrer, moi vivant.

D. FÉLIX

Quel mystère?

Ou quelle extravagance? es-tu dans ton bon sens? Et pourquoi ces soupirs et ces yeux languissants ? Ote-toi.

D. PÈDRE

N'entrez pas, je garde cette porte*

D. FÉLIX

tlésiftter à son père et parler de la sorte l

Il ne me manauait donc, pour combler mon malheur,

Que ta raison Dlessée autant que mon honneur?

D. PÈDRE

Mon père, ma raison ne fut jamais plus saine: Mais un juste sujet*...

D. FÉLIX

Ne crains-tu point ma haine, Fils ingrat?

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