D. FÉLIX , DON PÈDRE
D. FELIX, entre sans lumière.
Je ne me trompe pas :
Je viens d'ouïr du bruit, des paroles, des pas, Je veux m'en éclaircir.
D. PEDRE, frappant sur son siège.
Que peut avoir mon père?
D. FÉLIX
A ce bruit que j'entends, si je crois ma colère, Si le fer à la main je cours où j'ois du bruit. On se sauve aisément à l'aide de la nuit. Ayons de la lumière.
D. PÉDRE.
En toute cette rue, Que j'ai cent et cent fois visitée et courue, Il ne logea jamais dame de qualité.
Ni fille de mérite, ou de rare beauté.
Qui méritât d'un comte être galantisée.
L'aventure est pourtant suspecte et mal aisée; Puisqu'un homme de coeur y trouve du danger, Et se munit ainsi d'un secours étranger. Un homme vient à moi Tépée toute nue, Défendons notre poste. Arrête, ou je te tue !
D. FÉLIX
Tu mourras le premier.
D. PÉORE.
C'est mon père I
D. FEUX
Et c'est toi, Don Pèdre, mon cher fils !
D. PÈDRE
Ah, qu'est-ce que je voi I Mon père ici I
D. FÉLIX
Mon fils, qui t'a dit ma demeure?
Et comment as-tu pu la trouver à telle heure?
D. PÈDRE
Oh que non sans sujet ce discours me fait peur I
D. FÉLIX
Il faut mourir, don Pèdre, ou venger mon honneur. Mais, mon fils, je te vois l'âme toute interdite, Et tu me parais froid sitôt que je t'excite. Sais-tu déjà par où notre honneur est taché ? Car un pareil malheur n'est pas longtemps caché : Ou ton bras punissant une vie ennemie, Aurait-il pu déjà venger notre infamie?
Venger notre infamie I
D. FÉLIX
Oui, mon fils, la venger :
Au prix de notre mal, c'est un fardeau léger. Venge-moi, venge-toi.
D. PÈDRE
Ne sachant pas l'ofiTense...
D. FÉLIX
Tu la sauras trop tôt, courons à la vengeance : C'est par ce seul moyen, que notre honneur perdu Ou le sera sans honte, ou nous sera rendu. Mais, mon fils, sans rougir, te puis-je rendre compte Du commun déplaisir qui nous couvre de honte? Epargne-moi, mon fils, la honte et le regret De révéler moi-même un si fâcheux secret.
Dispense-moi, mon fils, d'un récit si funeste, Va-t-en trouver ta sœur, apprends d'elle le reste : Mais si tu m'aimes bien, parle lui doucement, Parle lui de pardon plus cpie de châtiment. En apprenant son mal, apprends-lui son remède : Car enfin dans mon cœur mon sang pour elle plaide, Et souviens-toi qu'elle est et ma fille et ta sœur.
D. PÈDRE
Je sers mon ennemi contre mon propre honneur. 0 Dieu 1 que de malheurs sur moi le ciel assemble !
Don Pèdre, faisons mieux, allons la voir ensemble, Et flattant sa douleur, tâchons de lui montrer...
D. PÉDRE.
Non, mon père, attendez, vous n'y pouvez entrer.
D. FÉLIX
Moi, je n'y puis entrer?
D. PÈDRE
Je vous dis vrai, mon père, Vous n'y pouvez entrer, moi vivant.
D. FÉLIX
Quel mystère?
Ou quelle extravagance? es-tu dans ton bon sens? Et pourquoi ces soupirs et ces yeux languissants ? Ote-toi.
D. PÈDRE
N'entrez pas, je garde cette porte*
D. FÉLIX
tlésiftter à son père et parler de la sorte l
Il ne me manauait donc, pour combler mon malheur,
Que ta raison Dlessée autant que mon honneur?
D. PÈDRE
Mon père, ma raison ne fut jamais plus saine: Mais un juste sujet*...
D. FÉLIX
Ne crains-tu point ma haine, Fils ingrat?