‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 107 sur 454 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

THÉODAMIE, PLISTHÈNE, THESSANURE, LÉON IDE.

PLISTHÈNE.

Où portez-vous vos pas?me cherchez-vous, madame? Du trouble où je vous vois ne puis-jeêtre éclairci?

THÉODAMIE.

C'est vous-même, seigneur, que je cherchais ici, D'Athènes dès longtemps embrassant la conquête, On dit qu'à s'éloigner votre flotte s'apprête ; Que, chaque instant d'Atrée excitant le courroux , Pour sortir de Chalcis elle n'attend que vous. Si ce n'est pas vous faire une injuste prière. Je viens vous demander un vaisseau pour mon père. Le sien, vous le savez, périt presqu'à vos yeux ; Et nous n'avons d'appui que de vous en ces lieux. Vous sauvâtes des flots et le père et la fille : Achevez de sauver une triste famille.

PLISTHÈNE.

Voyez ce que je puis, voyez ce que je dois. D'Atrée en ces climats tout respecte les lois; Il n'est que trop jaloux de son pouvoir suprême. Je ne puis rien ici, si ce n'est par lui-même. Il reverra bientôt ses vaisseaux avec soin, Et du départ lui-même il doit être témoin. Voyez-le. Il vous souvient comme il vous a reçue, Le jour que ce palais vous offrit à sa vue ; Il plaignit vos malheurs, vous offrit son appui : Son cœur ne sera pas moins sensible aujourd'hui; Vous n'en éprouverez qu'une bonté facile. Mais qui peut vous forcer à quitter cet asile? Quel déplaisir secret vous chasse de ces lieux? Mon amour vous rend-il ce séjour odieux? Ces bords sont-ils pour vous une terre étrangère? N'y reverra-t-on plus ni vous ni votre père? Quel est sonnom,le vôtre? oùporlez-vous vos pas?

58 ATKEIÎ ET THYESTE.

Ne connailrai-je enfin de vous que vos appas?

THÉODAMIE,

Seigneur, trop de bonté pour nous vous inU-resso. Mon nom est peu connu; ma patrie est la Grèce; Et j'ignore en quels lieux, sortant de ces climats, Mon père infortuné doit adresser ses pas.

PLISTHÈNE.

Je ne vous presse point d'éclaircir ce mj'stère : Je souscris au secret que vous voulez m'en faire. Abandonnez ces lieux, ôtez-moi pour jamais Le dangereux espoir de revoir vos attraits : Fuyez un malheureux; punissez-le, madame, D'oser brûler pour vous de la plus vive flamme ; Et moi, prêt d adorer jusqu'à votre rigueur, J'attendrai que la mort vous chasse de mon cœur; C'est dans mon sort cruel mon unique espérance. Mon amour cependant n'a rien qui vous offense, Le ciel m'en est témoin; et jamais vos beaux yeux N'ont peut-être allumé de moins coupables feux. Ce cœur, à qui le vôtre est toujours si sévère. N'offrit jamais aux dieux d'hommage plus sincère. InuLiles respects! reproches superilus !

Tout va nous séparer ; je ne vous verrai plus. \flieu, madame, adieu : prompt à vous satisfaire, Je reviendrai pour vous m'employer près d'un père : Quel qu'en soit le succès, je vous réponds du moins, Malgré votre rigueur, de mes plus tendres soins.

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