SCÈNE VI
THÉODAMIE, LÉONIDE.
THÉODAMIE.
Où sommes-nous, hélas! ma chère Léonide? Quel astre injurieux en ces climats nous guide? 0 vous qui nous jetez sur ces bords odieux, Cachez-nous au tyran qui règne dans ces lieux, Dieux puissants ! sauvez-nous d'une main ennemie. Quel séjour pour Thyeste et pour Théodamiel Du sort qui nous poursuit vois quelle est la rigueur. Atrée, après vingt ans rallumant sa fureur, Sous d'autres intérêts déguisant ce mystère, Arme pour désoler l'asile de son frère. L'infortuné Thyeste, instruit de ce danger, A son tour en secret arme pour se venger,
ACTK i, SCENE VI. 59
Flatté du vain espoir de rentrer dans Mycènes, Tandis que l'ennemi voguerait vers Athènes, Ou pendant que Chalcis, par de puissants elforis, Retiendrait le tyran sur ces funestes bords. Inutiles projets ! inutile espérance!
L'Euripe a tout détruit; plus d'espoir de vengeance: Et c'est ce même amant, ce prince généreux, Sans qui nous périssions sur ce rivage affreux, Ce prince à qui je dois le salut de mon père. Qui, la foudre à la main, va combler sa misère ! Athènes va tomber, si, pour comble de maux, Thyeste dans ces murs n'accable ce héros. Trop lieureux cependant, si de l'île de d'Eubée 11 pouvait s'éloigner sans le secours d'Alrée! Sauvez-l'en, s'il se peut, grands dieux! Votre cour- Poursuit-il des mortels si semblables à vous? [roux Ciel ! puisqu'il faut punir, venge-toi sur son frère : Atrée est un objet digne de ta colère. Je tremble à chaque pas que je fais en ces lieux. Hélas! Thyesteenvains'ycacheàtouslesyeux; [tre; Quoique absent dés longtemps, on peut le reconnai- Heureux que sa langueur l'empêche d'y paraître!