ACTE II, SCKNE I
Non, lion, je ne puis voir désoler sans secours Des États si longtemps l'asile de mes jours. Moi, qui ne prétendais m'emparer de Mycènes Que pour forcer Atrée à s'éloigner d'Athènes, Je l'abandonnerais lorsqu'elle va périr!
Kon, je cours dans ses murs la défendre ou mourir. Vous m'opposez en vain l'impitoyable Atrée : Peut-il me soupçonner d'être en cette contrée ? Sans appui, sans secours, sans suite dans ces lieux, Sans éclat qui sur moi puisse attirer les yeux, Dans l'état où m'a mis la colère céleste, Hélas! et qui pourrait reconnaître Thyeste? "Voyez donc le tyran : quel que soit son courroux, C'est assez que mon cœur n'en craigne rien pour Ma fille, vous savez que sa main meurtrière [vous, Np poursuit point sur vous le crime d'une mère : C'est moi seul, c'est zErope enlevée à ses vœux. Et vous ne sortez point de ce sang malheureux. Allez ; voire frayeur, qui dans ces lieux m'arrête, Est le plus grand péril qui menace ma tête. Demandez un vaisseau; quel qu'en soit le danger, Mon cœur au désespoir n'a rien à ménager.
Ah! périsse plutôt l'asile qui nous reste, Que de tenter, seigneur, un secours si funeste!
THYESTE
En dussé-je périr, songez que je le veux. Sauvez-moi par pitié de ces bords dangereux : Du soleil à regret j'y revois la lumière; Malgré moi le sommeil y ferme ma paupière : De mes ennuis secrets rien n'arrête le cours: Tout à de tristes nuits joint de plus tristes jours. Une voix, dont en vain je cherche à me défendre. Jusqu'au fond de mon cœur semble se faire enten- J'en suis épouvanté. Les songes de la nuit [dre : Ne se dissipent point par le jour qui les suit : Malgré ma fermeté, d'infortunés présages Asservissent mon àme à ces vaines images. Cette nuit même encor, j'ai senti dans mon cœur Tout ce que peut un songe inspirer de terreur. Près de ces noirs détours que la rive infernale Forme à replis divers dans cette île fatale, J'ai cru longtemps errer parmi des cris affreux Que des màncs plaintifs poussaient jusques aux Parmi ces tristes voix, sur ce rivage sombre, [deux
62 atri;e et tuykste.
J'ai cru d'^rope en pleurs entendre gémir l'ombre ;
Bien plus, j'ai cru la voir s'avancer jasqu'à moi,
Mais dans un appareil qui me glaçait d'effroi,
« Quoi ! tu peux t'arrèler dans co séjour funeste!
« Suis-moi, m'a-t-clle dit, infortuné Thyeste. »
Le spectre, à la lueur d'un triste et noir flambeau,
A ct^s mots m'a traîné jusque sur son tombeau.
J'ai frémi d'y trouver le redoutable Atrée,
Le geste menaçant et la vue égarée,
Plus terrible pour moi, dans ces cruels moments,
Que le tombeau, le spectre et ses gémissements.
J'ai cru voir le barbare entouré de Furies :
Un glaive encor fumant armait ses mains impies;
Et sans être attendri de ses cris douloureux,
Il semblait dans son sang plonger un malheureux.
/Erope, à cet aspect, plaintive et désolée.
De ces lambeaux sanglants à mes yeux s'est voilée.
Alors j'ai fait pour fuir des efforts impuissants ;
L'horreur a suspendu l'usage de mes sens :
A mille alfreux objets l'ànie entière livrée,
Ma frayeur m'a jeté sans force aux pieds d'Atrée.
Le cruel d'une moin semblait m'ouvrir le flanc,
Et de l'autre à longs traits m'abreuverdemon sang.
Le flambeau s'est éteint, l'omhre a percé la terre,
Et le songe a fini par un coup de tonnerre.
TQÉODAUIE.
D'un songe si cruel quelle que soit l'horreur, Ce fantôme peut-il troubler votre grand cœur? C'est une illusion...
THYIÎSTE.
J'en croirais moins un songe, Sans les ennuis secrets où ma douleur me plonge: J'en crains plus du tyran qui régne dans ces Houx, Que d'un songe si triste, et peut-être des dieux. Je ne connais que trop la fureur qui l'entraîne.
THÉODAMIE.
Vous connaissez aussi les vertus de Plisthène...
TOYESTE.
Quoiqu'il soit né d'un sang que je ne puis aimer,
Sa générosité me force à l'estimer.
Ma fille, à ses vertus je sais rendre justice :
Des fureurs du tyran son fils n'est point complice.
Je sons bien quelquefois que je dois le haïr;
Mais mon cœur sur ce point a peine à m'obéir.
Hélas! et plus je vois ce généreux Plisthène,