SCÈNE
ATRÉE. THÉODAMIi:, EURISTHÈNE, ALCIMÉDON, LÉONIDE, gardes.
ALCIUÉDON.
Vous tenteriez, seigneur, un inutile effort;
Je le sais d'un vaisseau qui vient d'entrer au port.
On ne sait s'il a pris la roule de Mycpnes,
Mais depuis près d'un mois il n'est plus dans Athènes.
Vous en pourrez vous-même être mieux écledrci :
Le chef de ce vaisseau sera bientôt ici.
ATnKK.
Qu'il vienne, Alcimédon : allez; qu'on me l'amène; Je l'atlends. Avec lui faites venir Plislhène; Il doit être déjà de retour en ces lieux.
(a Théodamie.)
Madame, quel dessein vous présente à mes yeux?
THÉODAillK.
Prête à tenter, seigneur, la route du Bosphore, Soulîrez qu'une étrangère au jourd'hui vous implore. J'éprouve dès longtemps qu'un roi si g-néreux Ne voit point sans pitié le sort des malheureux. Sur ces bords échappée au plus cruel naufrage, Les flots de mes débris ont couvert ce rivage. Sans appui, sans secours dans ces lieux écartés, J'attends tout désormais de vos seules bontés. Vous parûtes sensible au destin qui m'accable : Puis-je espérer, seigneur, qu'un roi si redoutable Daigne, de mes malheurs plus touché que les dieux, M'accorder un vaisseau pour sortir de ces lieux?
ATRÉE
Puisque la mer vous laisse une libre retraite. Ordonnez, et bientôt vous serez satisfaite; Disposez de ma flotte avec autorité.
Un vaisseau suffit-il pour votre sûreté?
Prôte à sortir des lieux qui sont sous ma puissance,
Où vous conduira-t-il?
THÉODAMIE.
Seigneur, c'est à Byzance Où je prétends bientôt, au pied de nos autels, Du prix de vos bienfaits charger les immortels.
ATHÉE
Mais Byzance, madame, est-ce votre patrie?
THÉODAMIE.
Non ; j'ai reçu le jour non loin de la Phrygie.
ATHÉE
Par quel étrange sort, si loin de ces climats,, "Vous retrouvez-vous donc dans mes nouveaux Élats? Ce vaisseau que les vents jetèrent dans l'Eubée Sortait-il de Byzance, ou du port de Pirée? En vous sauvant des flots, mon fils, je m'en souviens, Ne trouva sur ces bords que des Athéniens.
THÉODAMIE.
Peut-être, comme nous, le jouet de l'orage, Ils furent comme nous poussés sur ce rivage; Mais ceux qu'en ce palais a sauvés votre fils Ne sont point nés, seigneur, parmi vos ennemis.
ATHÉE
Mais, madame, parmi cette troupe étrangère Plisthéne sur ces bords rencontra votre père : Dédaigne-t-il un roi qui devient son appui? D'où vient que devant moi vous paraissez sans lui?
THÉODAMIE.
Mon père infortuné, sans amis, sans patrie, Traîne à regret, seigneur, une importune vie, Et n'est point en état de paraître à vos yeux.
ATHÉE
Gardes, faites venir l'étranger en ces lieux.
THÉODAMIE.
On doit des malheureux respecter la misère.
ATHÉE
Je veux de ses malheurs consoler votre père ; Je ne veux rien de plus... Mais quel est votre effroi? Votre père, madame, est-il connu de moi? A-t-il quelques raisons de redouter ma vue? Quelle est donc la frayeur dont je vous vois émue?
THÉODAMIE.
Seigneur, d'aucun effroi mon cœur n'est agité: Mon père peut ici paraître en sûreté.
ACtC II, SCÈ.N'E 111. 6 5
H^las ! à se cacher qui pourrait le contraindre? i^lrangerdansceslieux, eh! qu'aurait-il àcraindre? A ses jours languissants le péril attaché Le retenait, seigneur, sans le tenir caché.
(a part)
Le voilà: je succombe, et me soutiens à peine. Dieux! cachez-le au tyran, ou ramenez Plisthenc.