‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 114 sur 454 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

ATRÉE, THYES'^E THÉODAMIE, ElKYSTHÈNE, LnOMDE, gardes.

A T U li E .

Étranger malheureux que le sort en courroux, l.assé de te poursuivre, a jeté parmi nous, [naître? Quel est ton nem, ton rang? quels humains t'ont vu

THYESTE

Les Thraces.

ATRÉE

Et ton nom?

THYESTE

Pourriez-vous le connaître?

Philocléle.

ATUÉK.

Ton rang?

THYESTE

Noble, sans dignité, Et toujours le jouet du destin irrité.

ATRÉE

Où s'adressaient tes pas? et de quelle contrée Revenait ce vaisseau brisé près de l'Eubée?

THYESTE

De Sestos; et j'allais a Delphes implorer

Le dieu dont les rayons daignent nous éclairer.

ATRÉE

Et tu vas de ces lieux?...

THYESTE

Seigneur, c'est dans l'Asie, Où je vais terminer ma déplorable vie.

Espérant aujourd'hui que de votre bonté J'obtiendrai le secours que les tlots m'ont ôté. Daignez...

ATRÉE

Quel son de voix a frappé mon oreille! Chébillon. 3

Quel transport tout à coup dans mon cœur se ré

[veille!

D'où naissent à la fois des troubles si puissants? Quelle soudaine horreur s'empare de mes sens ! Toi qui poursuis le crime avec un soin extrême Ciel, rends vrais mes soupçons, et que ce soit lui- Je ne me trompe point, j'ai reconnu sa voix ; [même ! Voilà ses traits encore. Ah ! c'est lui que je vois. Tout ce déguisement n'est qu'une adresse vaine ; Je le reconnaîtrais seulement à ma haine. Il fait pour se cacher des efforts superflus : C'est Thyeste lui-même, et je n'en doute plus.

THTESTE.

Moi Thyesle, seigneur!

ATRÉE

Oui, toi-même, perfide:

Je ne le sens que trop au transport qui me guide; Et je hais trop l'objet qui paraît à mes yeux, Pour que tu ne sois point ce Thyeste odieux. Tu fais bien de nier un nom si méprisable : En est-il sous le ciel un qui soit plus coupable?

THYESTE

Eh bien! reconnais-moi : je suis ce que tu veux, Ce Thyeste ennemi, ce frère malheureux.

Quand même tes soupçons et ta haine funeste N'eussent point découvert l'infortuné Thyeste, Peut-être que la mienne, esclave malgré moi. Aux dépens de tes jours m'eût découvert à toi.

ATRÉE

Ah ! traître! c'en est trop : lecourroux gui m'anime T'apprendra si je sais comme on punit un crime. Je rends grâces au ciel qui le livre en mes nj^ins : Sans doute que les dieux approuvent mes desseins, Puisque avec ma fureur leurs soins d'intelligence T'amènent dans des lieux tout pleins de ma ven-

[geance.

Perfide, tu mourras : oui, c'est fait de ton sort ; Ton nom seul en ces lieux est l'arrêt de la mort. Rien ne t'en peut sauver, la foudre est toute prête ; J'ai suspendu longtemps sa chute sur ta têle : Le temps, qui t'a sauvé d'un vainqueur irrité, A grossi tes forfaits par leur impunité.

THYESTE

Que tardes-tu, cruel, à remplir ta vengeance? Attends-tu de Thyeste une nouvelle offense f

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