‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 123 sur 454 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

THYESTE, PLISTHÈNE.

THYESTE

Prince qu'un tendre soin dans mon sort intéresse, Héros dont les vertus charmeni toute la Grèce, Qu'il m'est doux de pouvoir embrasser aujourd'liui De mes jours malheureux l'unique et sûr appui i

PLISTHÈNE.

Quel appui, juste ciel! Quel cœur impitoyable Ne serait point touché du sort qui vous accable? Ah! plût aux dieux pouvoir, aux dépens de mes D'une si chère vie éterniser le cours!... [jours, Que je verrais couler tout mon sang avec joie. S'il terminait les maux où vous êtes en proie! Ce n'est point la pitié qui m'attendrit, seigneur; Je sens des mouvements inconnus à mon cœur.

THYESTE

Seigneur, soit amitié, soit raison qui m'inspire, Tout m'est cher d'un héros que l'univers admire. Que ne puis-je exprimer ce que je sens pour vous ! Non, l'amitié n'a pas de sentiments si doux.

PLISTHÈNE.

Ah! si je vous suis cher, que mon respect extrême M'acquiite bien, seigneur, de ce bonheur suprême ! On n aima jamais plus, le ciel m'en est témoin : A peine la natuib irait-elle aussi loin ; Et ma tendre amitié, par vos maux consacrée, A semblé redoubler par les rigueurs d'Atrée. Vous m'aimez; le ciel sait si je puis vous haïr, Ce qu'il m'en coûterait s'il fallait obéir.

THYESTE

Seigneur, que dites-vous? qui fait couler vos larmes? Que tout ce que je vois fait renaître d'alarmes! Vous soupirez ; la mort est peinte dans vos yeux ; Vos regards attendris se tournent vers les cieux : Quel malheur si terrible a pu troubler Plisthène ? Jusqu'au fond de mon cœur je ressens votre peine. Voulez-vous dérober ce secret à ma foi?

7Ô AKlÉE ET TflYESÎE.

Quand je sais tout à vous, n'êles-voiiî point à moi? Cher prince, ignorez-vous à quel point je vous aime? Ma fille ne m'est pas plus chère que vous-môme.

PLISTHÈN'E.

Faut-il la voir périr dans ces funestes lieux !

THYESTE

Quel étrange discours ! Cher prince, au nom des Au nom d'une amitié si sincère et si tendre, [dieux, Daignez m'en éclaircir.

PLISTHÈNE.

Ah! dois-je vous l'apprendre?

Mais, dût tomber sur moi le plus affreux couri-oux, Je ne puis plus trahir ce que je sens pour vous. Fuyez, seigneur, fuyez.

THYESTE

Quel est donc ce mystère, Cher prince, et qu'ai-je encore à craindre de mon

PLISTHÈNE, apercevant Atrée. [frère?

Ah ! ciel !

scÈNt: V

ATRÉE, THYESTE, PLISTHÈNE.

ATUÉE.

C'est donc ainsi que, fidèle à son roî... Mais je sais de quel prix récompenser la foi...

PLISTHÈNE.

Ah! seigneur, si jamais...

ATRÉE

Que voulez-vous me dire?

Sorlez:en d'autres lieux vous pourrez m'eninstruire. Voire frivole excuse exige un autre temps ; Et mon cœur est rempli'de soins plus importants.

THYESTE

De ce transport, seigneur, que faut-il que je pense? Qui peut vous emporter à tant de violence? Qu'a fait ce fils? qui peut vous armer contre lui? Ou plutôt, contre moi qui vous arme aujourd'hui? Ne moffrcz-vous la paix...

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