‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 122 sur 454 · ACTE III, SCKNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCKNE III

PLISTHÈNE.

Ah ! sûi;j;neur, puis-je voir votre cœur aiijo'irJ'Iiui Descendre à des déLours si peu dignes de lui"? Non, par de feints serments je ne crois pointqu'Atrée Ait pu braver des dieux la majesté sacrée, Se jouer de la foi des crédules humains, Violer en un jour tous les droits les plus saints. Enchanté d'une paix si longtemps attendue, Je vous louais déjà de nous Tavoir rendue: Et je m'applaudissais, dans des moments si doux, D'avoir pu d'un héros désarmer le courroux : J'admirais un grand cœur au milieu de l'offense. Qui, maître de punir, méprisait la vengeance. Thyeste est criminel; voulez-vous l'être aussi? Sont-ce là vos serments? pardonnez-vous ainsi?

ATRÉE

Qui? moi lui pardonner! Les fières Euménides Du sang des malheureux sont cent fois moins avides, Et leur farouche aspect inspire moins d'horreur Que Thyeste aujourd'hui n'en inspire à mon cœur. Quels que soient mes serments, trop de fureur

[m'anime.

Perfide, il te sied bien d'oser m'en faire un crime ! Laisse là ces serments; si j'ai pu les trahir, C'est au ciel d'en juger, à toi de m'obéir. Dans un fils qui faisait ma jdus chère espérance, Je ne vois qu'un ingrat qui trahit ma vengeance. Plisthène est un héros, son père est outragé ; 11 a de la valeur, je ne suis pas vengé ! Ah! ne me force point, dans ma fureur extrême, Quesais-je?hplas! peut-être àt'immoler toi-même: Car enfin, puisqu'il faut du sang à ma fureur, Malheur à qui trahit les transports de mon cœur!

PLISTHÈNE.

Versez le sang d'un fils, s'il peut vous satisfaire ; Mais n'en attendez rien à sa vertu contraire. S'il faut voir votre affront par un crime effacé. Je ne me souviens plus qu'on vous ait offensé. Oui, seigneur, et ma main, loin d'être meurtrière, Défendra contre vous les jours de votre frère. Seconder vos fureurs, ce serait vous trahir; Votre gloire m'engage à vous désobéir.

ATRKK.

Enfin j'ouvre les yeux: ta lâcheté, perfide, Ne me fait <jue trop voir l'intérêt qui te guide ;

74 ATREE ET THYESTE.

Tu trahis pour Thyeste et les dieux et ta foi :

Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'il est connu de toi.

Ose encor me jurer que pour Théodamie

Ton cœur ne brûle point d'une flamme ennemie !

PLISTHÈNE.

Ah ! si c'est là trahir mon devoir et ma foi, Non, jamais on ne fut plus coupable que moi. Oui, seigneur, il est vrai, la princesse m'est chère : Jugez si c'est à moi d'assassiner son père. "Vous connaissez le feu qui dévore mon sein, Et pour verser son sang vous choisissez ma main !

ATRÉE

Ce n'est pas la vertu, c'est donc l'amour, parjure, Qui te force au refus de venger mon injure! Voyons si cet amour, qui l'a fait nie trahir, Servira maintenant à me faire obéir.

Tu n'auras pas en vain aimé Théodamie ; Venge-moi dès ce jour, ou c'est fait de sa vie.

PLISTHÈiNE.

Ah ! grands dieux !

ATRKE.

Tu fi'émis! Je t'en laisse le choix, Et le le laisse, ingrat, pour la dernière fois.

PLISTHÈNE.

Ah ! mon choix est tout fait dans ce moment funeste ; C'est mon sang qu'il vous faut,non le sang deThyeste.

ATRÉE

Quand l'amour, de mon fils, semble avoir faille sien, 11 ne m'importe plus de son sang ou du tien. Obéis cependant, achève ma vengeance.

L'instant fatal approche, et Thyeste s'avance : S'il n'est mort lorsque enfiri ja reverrai ces lieux, J'immole sans pitié ton amante à tes yeux. Rappelle les esprits : avec lui je te laisse. Au secours de ta main appelle la princesse; Le soin de la sauver doit exciter ton bras.

PLISTHÈNE.

Quoi ! vous l'immoleriez ! Je ne vous quitte pas. Je crois voir dans Thyeste un dieu qui m'épouvante. Ah! seigneur!

ATRÉE

Viens donc voir expirer ton amante :

Du moindre mouvement sa mort sera le fruit.

PLISTHÈNE, seul.

Dieux ! plongez-moi plutôt dans l'éternelle nuit.

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