SCÈNE
PLISTHÈNE, THÉODAMIE, THESSANDRE, LÉONIDE.
PLISTHÈNE.
Se peut-il qu'en ces lieux Plislhène vous revoie? Unique objet des soins de mon cœur éperdu. Hélas! par quel bonheur nous êtes-vous rendu? Quoi! c'est vous, ma princesse! Ah! ma fureur calmée Fait place à la douceur dont mon âme est charmée. Dieux! qu"allais-je tenter? Mais quel est votre effroi! Qui fait couler vos pleurs ? et qu'est-ce que je voi ?
THÉODAMIE.
Seigneur, vous me voyez les yeux baignés de lar-
Et le cœur agité des plus vives alarmes. [mes,
Thyeste va bientôt ensanglanter ces lieux.
Si vous ne retenez ce prince furieux.
Trop sûr que votre mort, que la sienne est jurée,
Il veut la prévenir par la perte d'Atrée :
Il erre en ce palais dans ce cruel dessein.
Tout prêt de lui plonger un poignard dans le sein.
n est perdu, seigneur, ce prince qui vous aime,
Si vous ne le sauvez d'Atrée ou dé lui-même.
Il voit de tous côtés qu'on observe ses pas :
Le péril cependant ne Tépouvanle pas.
Si la pitié pour nous peut émouvoir votre âme.
Si moi-même en secret j'approuvai votre flamme,
S'il est vrai que l'amour ait pu vous attendrir,
Au nom de cet amour, daignez le secourir.
Je vous dirais qu'un cœur plein de reconna ssance
D'un service si grand sera la récompense,
S'il avait attendu que tant de soins pour nous
Vinssent justifier ce qu'il sentait pour vous.
PLISTHÈNE.
Dissipez vos frayeurs et calmez vos alarmes : [mes. Vos yeux, pour m'attendrir, n'ont pas besoin de lar- Hélas! qui plus «^ue moi doit plaindre vos malheurs? Ne craignez rieii: mes soins ont prévenu vos pleurs. De ces funestes lieux votre fuite assurée Va nous mettre à couvert des cruautés d'Atrée; Et je vais, s'il le faut, aux dépens de ma foi, Prouver à vos beaux yeux ce qu'ils peuvent sur moi. Oui, croyez-en ces dieux que mon amour atteste, Croyez-èn ces garants du salut de Thyeste. 11 m'est plus cher qu'avons: sansmedonnerlamort Le roi ne sera point l'arbitre de son sort. Votre père vivra, vous vivrez, et Plislhène N'aura point eu pour vous une tendresse vaine. Je sauverai Thyeste. Eh ! que n'ai-je point fait? Hélas! si vous saviez d'un barbare projet A quel prix j'ai déjà tenté de le défendre... Venez: pour lui,pourvous,je vais tout entreprendre, Heureux si je pouvais, en vous sauvant tous deux, Près de ne vous voir plus, expirer à vos yeux ! Mais Thyeste paraît : quel bonheur est le nôtre! Quel favorable sort nous rejoint l'un et l'autre !