ACTE I, SCÈNE V
Je fléchissais un roi de son pouvoir jaloux ; Un héros, par mes soins, devenait votre époux ; Je voulais, par l'hymen d'ilys et de ma flile. Voir rentrer quelque jour le sceplre en sa famille : Mais l'ingrate ne veut que nous immoler tous. Je ne dis plus qu'un mot. Ilys brûle pour vous ; Ce jour même à son sort vous devez être unie : Si vous n'y souscrivez, c'est fait de votre vie. Égisthe est las de voir son esclave en ces lieux Exciter par ses pleurs les hommes et les dieux.
ÉLECTRK,
Contre un tyran si fier, just'* ciel ! quelles ai mes ! Uui brave les remords peul-il craindre mes larnies? Ah! madame, est-ce à vous d'irriter mes ennuis? Moi, son esclaves flrias! d'où vient que je le suis? Moi, l'esclave d'Épîisthe! Ah ! fille infortunée! Qui m'a fait son esclave? et de qui suis-je née? r.tait-ce donc à vous de me le reprocher? Ma mère, si ce nom peut encor vous toucher, S'il est vrai qu'en ces lieux ma honte soit jurée, Ayez pitié des maux où vous m'avez livrée : Précipitez mes pas dans la nuit du tombeau ; Mais ne m'unissez point au fils de mon bourreau, Au fils de l'inhumain qui me priva d'un père, Qui le poursuit sur moi, sur mon malheureux frère. Et de ma main encore il ose disposer?
Cet hymen sans horreur se peul-il proposer? Vous mai niâtes; pourquoi ne vous suis-je plus chère? Ah! je ne vous hais point; et, malgré ma misère, Malgré les pleurs amt-rs dont j'arrose ces lieux. Ce n'est que du tyran dont je me plains aux dieux. Pour me faire oublier <^u'om m'a ravi mon père. Faites-moi souvenir que vous êtes ma mère.
CLYTEUNESTRB.
Que veux-tu désormais que je fasse pour toi, Lorsque ton hymen seul peut désarmer le roi? Souscris sans murmurer au sort qu'on te prépai c, Et cesse de gémir de la mort d'un barbare Qui, s'il eût pu trouver un second Uion, T'aurait sacrifiée à son ambition.
Le cruel qu'il était, bourreau de sa famille. Osa bien, à mes yeux, faire égorger ma fille.
ELECTRE
Tout cruel qu'il était, il était votre époux : S'il fallait l'en punir, madame, était-ce à voug?
100 ELECTRE
Si le ciel, dont sur lui la rigueur fut extrême, Réduisit ce héros à verser son sang même, Du moins, en se privant d'un sang si précieux, 11 ne le fit couler que pour l'offrir aux dieux. Mais vous, qui de ce sang immolez ce qui reste, Mère dénaturée et d'Electre et d'Oreste, Ce n'est point à des dieux jaloux de leurs autels : Vous nous sacrifiez au plus vil des mortels... Jl paraît, l'inhumain! A celte affreuse vue Des plus cruels transports je me sens l'âme émue.