‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 149 sur 454 · ACTE I, SCÈNE VII. tOl · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VII. tOl

Deux fois mes sens frappés par un triste réveil Pour la troisième fois se livraient au sommeil. Quand j'ai cru, par des cris terribles et funèbres, Me sentir entraîner dans l'horreur des ténèbres. ie suivais, malgré moi. de si lugubres cris ; Je ne sais quels remords agitaient mes esprits. Mille foudres grondaient dans un épais nuage Qui semblait cependant céder à mon passage. .Sous mes pas chancelants un gouffre s'est ouvert; I/affreux séjour des morts à mes yeux s'est ollerl . A travers l'Achéron la malheureuse Electre, A grands pas, où j'étais seniblait guider un spcclie. Je fuyais; il me suit. Ah, seigneur! à ce nom Mon sang se glace : hélas 1 c'était Agamemnon. « Ail été, m'a-t-il dit d'une voix formidable; « Voici de tes forfaits le terme redoutable : « Arrête, épouse indigne; et frémis à ce sang « Que le cruel Égislhe a tiré de mon flanc. » Ce sang, qui ruisselait d'une large blessure. .Semblait, en s'écoulant, pousser un long murmure. A l'instant j'ai cru voir aussi couler le mien : .Mais, malheureuse ! à peine a-t-il touché le sien. Que j'en ai vu renaître un monstre impitoyable Qui m'a lancé d'abord un regard elfroyabic. Deux fois le Styx, frappé par ses mugissements, A longtemps répondu par des gémissements. Vous êtes accouru; mais le monstre en furie D'un seul coup à mes pieds vous a jeté sans vie, Kt m'a ravi la mienne avec ie même effort, Sans me donner le tfmps de sentir votre mort.

ÉGISTHE

Je conçois la douleur où la crainte vous plonge, l'n présage si noir n'est cependant qu'un songe Que le sommeil produit et nous offre au hasard, <) 11, bien pi us que les dieux, nos sens ont sou vent part. J*ourrais-je craindre un songea vos yeux si funeste. Moi qui ne compte plus d'autre ennemi qu'Oreste? Au gré de sa fureur qu'il s'arme contre nous, Je saurai lui porter d'inévitables coups. Ma haine à trop haut prix vient de mettre sa tête, Pour redouter encor les malheurs qu'il m'apprête. C'est en vain que Samos la défend contre moi : Qu'elle tremble, à son tour, pour elle et pour son Athènes désormais, de ses pertes lassée, [roi. Nous menace bien moins qu'elle n'est menacée j

102 ELECTRE

Et le roi de Corinthe, épris plus que jamais, Me demande aujourd'hui ma fille avec la paix. Quel que soit son pouvoir, quoi qu'il en ose attendre, Sans la tête d'Oreste il n'y faut point prétendre. D'ailleurs, pour cet hymen le ciel m'offre une main Dont j'attends pour moi-même un secours plus cer- Ce héros, défenseur de toute ma famille, [tain. Est celui qu'en secret je destine à ma fille. Ainsi je ne crains plus qu'Electre et sa fierté, Ses reproches, ses pleurs, sa fatale beauté, Les transports de mon fils: mais, s'il peut la contrain- A recevoir sa foi, je n'aurai rien à craindre, [dre Et la main que prétend employer mon courroux Mettra bientôt le comble à mes vœux les plus doux. Mais ma fille parait. Madame, je vous laisse, Et je vais travailler au repos de la Grèce.

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