‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 154 sur 454 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

A combattre du moins mon exemple l'engage ; Et le vainqueur pressé, pâlissant à son tour, Vers son camp à l'instant médite son retour. Que ne peut la valeur où le cœur s'intéresse ! J'en fis trop, Anténor; je revis la princesse. C'est t'en apprendre assez ; le reste t'est connu. D'un péril si pressant Egisthe revenu, Me comble de bienfaits, me charge de poursuivre Deux rois épouvantés, dont mon bras le délivre. Je porte la terreur chez des peuples heureux. Et la paix va se faire aux dépens de mes vœux.

ANTKNOR.

Ah! seigneur, fallait-il, à l'amour trop sensible, Armer pour un tyran votre bras invincible? Et que prétendez-vous d'un succès si honteux?

TYDÉE

Anténor, que veux-tu? Prends pitié de mes feux. Plains mon sort: non, jamais on nefut plusàp]ain- [dre.

11 est encor pour moi des maux bien plus àcraindre. Mais apprends des malheurs qui le feront frémir, Des mallicurs dont Tydi'-e à jamais doit gémir. Entraîné, malgré moi, dans ce palais funeste Par un désir secret de voir lu sœur d'Oreste, Hier, avant la nuit, j'arrive dans ces lieux. La superbe Mycène offre un temple à. mes yeux: Je cours y consul 1er le dieu qu'on y révère, Sur mon sort, sur celui d'Oreste et de mon père. Mais à peine aux autels je me lus prosterné, Qu'à mon abord fatal tout ]iarut consterné : Le temple retentit d'un funèbre murmure (Je ne suis cependant meurtrier ni parjure) : J'embrasse les autels, rempli d'un saint respect , Le prêtre épouvanté recule à mon aspect, Et, sourd âmes souhaits, refuse de répondre : Sous ses pieds et les miens tout semble se confondre . L'autel tremble; le dieu se voile à nos regards, El de pâles éclairs s'arme de toutes parts : [nerre, L'antre ne nous répond qu'à grands coups de lon- Que le ciel en courroux fait gronder sous la terre. Je l'avoue, Anténor; je sentis la frayeur, Pour la première fois, s'emparer de mon cœur. A tant d'horreurs enfin succède un long silence. Du (lieu qui se voilait j'implore l'assistance : v. Écoute-iuoi, grand dieu ; sois sensible à mes ciis :

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« D'un ami malheureux, d'un plus malheureux fils, « Dieu puissant, m'écriai-je, exauce la prière ; « Daigne sur ce qu'il craint lui prêter ta lumière. » Alors, parmi les pleurs et parmi les sanglots, Une lugubre voix fil entendre ces mots : « Cesse de me presser sur le destin d'Oresle ; « Pour en être éclairci tu m'implores en vain : « Jamais destin ne fut plus triste et plus funeste. « Redoute pour toi-même un semblable destin. « Apaise cependant les mânes de ton père: « Ton bras seul doit venger ce héros malheureux <f D'une main qui lui fut bien fatale et bien chère; « Maiscrains,enlevengeant,lesortleplusafFreux. » Vne main qui lui fut bien fatale et bien chère! Ma mère ne vit plus, et je n'ai point de frère. Juste ciel! et ï^ur qui doit tomber mon courroux? De ces lieux cependant fuyons, arrachons-nous. Allons trouver le roi... Mais je vois la princesse. Ah! fuyons; mes malheurs, mon devoir, tout m'en

I iiresse :

Partons, dérobons-nous la douceur d'un adieu.

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