‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 162 sur 454 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

D'une éternelle nuit couvrez mes tristes yeux.

TTDÉE.

Je sens qu'à voire sort la piiié m'intéresse.

Ne pourrai-je savoir quelle douleur vous presse?

KLECTRE.

Hélas! qui ne connaît mon nom et mes malheurs? Kt qui peut ipnorer le sujet de mes pleurs? L'n désespoir alHeiix est tout ce qui me reste. 0 déplorable sang! ô malheureux Oreste!

TYDKE.

\h! juste ciel! quel nom avez-vous prononcé! A vos pipurs, à ce nom, ((ue mon cœur est press '• ! Qu'il porte a ma pitié de sensibles atteintes ! Ah! je vous recoimais a de si tendres plaintes. Malheureuse princesse, est-ce vous que je voi ? Electre, en (juel état vous offrez-vous à moi?

ELECTRE

Kt qui donc s'attendrit pour une infortunée, A l.i fureur d'Égisthe, aux fors abandonut-e ? .Mais Oreste, seigneur, vous étail-il connu? A mes pleurs, à son nom, votre cœur s'est ému.

TYDÉK.

Pioiix ! s'il m'était connu ! .Mais dois-je vous l'ap- Aprt;3 avoir trahi l'amitié la plus tendre? [preuilrc, Dieux ! s'il m'était connu re princo f^énéreux! Ah! madame, c'est moi qui de son sort affreux Viens de répandre ici la luni'sle nouvelle.

Il est donc vrai, soigneur, et la Parque cruelle M'a ravi de mes vœux Pt ros[toiret le prix? Mais quel étonnemeiit vient frapper mes espnl>! Vous qui montrez un cœur a mes pleurs si sensible, N'êtes-vous pas, seigneur, ce guerrier invincible. D'un tyran odieux trop zé].'- dtfenseur? Qui peut donc pour Electre attendrir votre cœur? Pouvez-vous bien encor plaindre ma destinée, Tout rempli de l'espoir d'un fatal hyménée?

TTDEK.

Ah! que diriez-Tous donc si mon indigne cœur De ses coupables feux vous décou\Tait l'horreur? De quel œil verriez-vous l'ardeur qui me possède, Si vous voyiez en moi le lils de Patamède ?

ELECTRE

DePalaméde! vous? Qu'.ii -je en tendu, grands dieux! Mais voua ne l'êtes point, Tydée est vertueux ;

116 ELECTRE

11 n'eût point fait rougir les mânes de son père; 11 n'aurait point trahi l'amitié de mon frère, Ma vengeance, mes pleurs, ni le sang dont il sort. Si vous étiez "lydée, Égisthe serait mort : Bien loin de consentir à l'hymen de sa fille, 11 eût de ce tyran immolé la famille.

De Tydée, il est vrai, vous avez la valeur; Mais vous n'en avez pas la vertu ni le cœur.

TYDÉE

A mes remords du moins faites grâce, madame.

Il est vrai, j'ai hrûlé d'une coupable flamme ;

Il n'est point de devoirs plus sacrés que les miens;

Mais l'amour connait-il d'autres droits que les siens?

Ne me reprochez point le feu qui me dévore,

Ni tout ce que mon bras a fait dans Épidaure.

J'ai dû tout immoler à votre inimitié;

Mais que ne peut l'amour, que ne peut l'amitié?

Itys allait périr, je lui devais la vie;

Sa mort bientôt d'une aulre aurait été suivie.

L'amour et la pitié confondirent mes coups;

Tydée en ce moment crut combattre pour vous.

D'ailleurs, à la fureur de Corinthe et d'Athènes

Pouvais-je abandonner le trône de Mycènes ?

ELECTRE

Juste ciel! et pour qui l'avez-vous conservé?

Cruel! si c'est pour moi que vous l'avez sauvé,

.Venez donc de ce pas immoler un barbare :

11 n'est point de forfaits que ce coup ne répare.

Oreste ne vit plus : achevez aujourd'hui

Tout ce qu'il aurait fait pour sa sœur et pour lui.

A l'aspect de mes fers ôtes-vous sans colère ?

Est-ce ainsi que vos soins me rappellent mon frère?

Nem'otfririez-vous plus, pour essuyer mes pleurs,

Que la main qui combat pour mes persécuteurs?

Cessez de m'opposer une funeste flamme.

Si je vous laissais voir jusqu'au fond de mon âme,

Votre cœur, excité par l'exemple du mien.

Détesterait bientôt un indigne lien;

D'un cœur que malgrélui l'amour a pu séduire, [pire;

Il apprendrait du moins comme un grand ca^ur sou-

Vous y verriez l'amour, esclave du devoir.

Languir parmiles pleurs, sans force et sans pouvoir.

Occupé, comme moi, d'un soin plus légilimo,

Faites-vous des vertus de votre propre ciinie.

Du sort qui me poursuit pour détourner les coups,

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