PALAMÈDE, TYDÉE
PALAMÈDE
Embrassez-moi, mon fils : après tant de malheurs, Qu'il m'est doux de revoir l'objet de tant de pleurs 1
TTDÉE.
S'il est vrai que lesbiens qui nous coûtent des larmes Doiventpour u ncœur tendre avoir le plusde charmes. Hélas! après les pleurs que j'ai versés pour vous, Que cet heureux instant me doit être bien doux ! Ah, seigneurlqui m'eût dit qu'au moment qu'un ora- Semblait mettre à mes vœux un éternel obstacle, [cle Palamède à mes yeux s'offrirait aujourd'hui. Malgré le sort alïreux dont j'ai tremblé pour lui? Est-ce ainsi que des dieux la suprême sagesse Doit braver des mortels la crédule faiblesse? Mais, puisque enfin ici j'ai pu vous retrouver, Je vois bien que le ciel ne veut que m'éprouver; Qu'avec vous sa bonté va désormais me rendre Un ami qu'avec vous je n'osais plus attendre. Maisvous versez des pleurs! Ah! n'est-ce que pourlui Que les dieux sans détour s'expliquent aujourd'hui?
PALAMÈDE
N'accusons point des dieux la sagesse suprême ; Croyez. mon fils.croyez qu'elle est toujours la même! Gardons-nous de vouloir, faibles et curieux. Pénétrer des secrets qu'ils voilent à nos yeux. Ils ont du moins parlé sans détour sur Oreste; Un triste souvenir est tout ce qui m'en reste. J'ai vu ses yeux couverts des horreurs du trépas ; Je l'ai tenu longtemps mourant entre mes bras. Sa perte de la mienne allait être suivie. Si l'intérêt d'un fils n'eût conservé ma vie ; Si j'eusse, dans l'horreur d'un transport furieux. Soupçonné, comme vous, la sagesse des dieux. Conduit par elle seule au sein de la Phocide, Cette même sagesse auprès de vous me guide ; Trop heureux désormais si le sort moins jaloux M'eût rendu tout entier mon espoir le plus doux! Mais, hélas ! que le ciel, qui vers vous me renvoie, Mêle dans ce moment d'amertume à ma Joie ! D'un lils que j'admirais que mou fils est changé !
4 20 ÈLECIP.E.
Tydéo. Oresfc est mort : Orcslo esl-il vengé? Depuis quel temps, si près de rolijet de m i haiao, Arrr-toz-vous vos pas à la cour de Mj'rène? Arcas ne m'a point dit que vous fussiez ici : Mon fils, d'où vient qu'Arcas n'en est f»oinléclairci? Pourquoi ne le point voir ! Vous connaissez son zèle ; Deviez-vous vous cacher à cet ami fidèle? Parlez enfin, ({uel soin vons retient en des lieux Où vous n'osez punir un tyran odieux?
TYDÉE
Prévenu des malheurs d'une tète si chère. Ma première vengeance était due à mon père... Mais, seigneur. n'est-ce point dans ces funestes lieux Tr-op exposer des jours qu'ont respectés les dieux ? N'est-ce point trop compter sur une longue absence, Que d'oser s'y montrer avec tant d'assurance?
PAL.VMÈDE.
Mon fils, j'ai tout prévu ; calmez ce vain effroi : C'est à mes ennemis à trembler, non à moi. Eh ! comment en ces lieux craindrais-je de paraître, Moi que d'abord Arcas a paru méconnaître, Moi que devance ici le bruit de mon trépas, Moi dont enfin le ciel semble guider les pas? D'ailleurs un sang si cher m'appelle à sa défense. Que tout cède en mon cœur au soin de sa vengeance. La sœur d'Oresle, en proie à ses persécuteurs. Doit, ce jour, éprouver le comble des horreurs. Je viens, contre un tyran prêt à tout entreprendre. Reconnaître les lieux où je veux le surprendre. Puisqu'il faut l'immoler ou périr cette nuit. Qu'importe à mes desseins le péril qui me suit? Mon fils, si même ardeur eût guidé votre audace. Vous n'auriez pas pour moi ce souci qui vous glace. Comment dois-je expliquer vos regards interdits? Je ne trouve partout que des cœurs attiédis, Que des amis troublés, sans force et sans courage, Accoutumés au joug d'un honteux esclavage. Par ma présence en vain j'ai cru les rassembler ; Un guerrier les retient, et les fait tous trembler. Mais moi, seul au-dessus d'une crainte si vaine, Je prétends immoler ce guerrier à ma haine ; C'est par là que je veux signaler mon retour. Un défenseui- d'Egisthe est indigne du jour. Parlez, connaissez-vous ce guerrier redoutable, Pour le tyran d'Argos rempart impénétrable ?