ACTE m, SCENE V
Pourquoi sous vos efforts n'a-t-il pas succombé? Parlez, mon fils ; qui peut vous l'avoir dérobé? Votre haute valeur, désormais ralentie, Pour lui seul aujourd'hui s est-elle démentie? Vous rougissez, Tydée! Ah! quel est mon eiïroi! Je vous l'ordonne enfin, parlez, répondez-moi : D'un désordre si grand que faut-il que je pense ?
TYDÉE
Ne pénétrez-vous point un si triste silence?
PALAMKDE. [cOBUr!
Qu'entends-je? quel soupçon vient s'offrir à mon Quoi! mon iils... Dieux puissants, laissez-moi mon
[erreur ; Ah! Tydée, est-ce vous qui prenez la défense De l'indigne ennemi que poursuit ma vengeance? Puis-je croire qu'un Iils ait prolongé les jours Du cruel qui des miens cherche à trancher le cours? Fallait-il vous revoir, pour vous voir si coupable?
TYDKK.
N'irritez foint, seigneur, la douleur qui m'accable. Votre veiiu, toujours constante en ses projets, Ne t'ait qm- redoubler l'horreur de mes l'orlails. Il suffit qu'à vos yeux la honte m'en punisse; Ne m'en souhaitez pas un plus cruel supplice. D'un malheureux amour ayez pitié, seigneur : Le ciel, qui m'en punit avec tant de ligueur. Sait les tourments affreux où mon âme est en proie. Mais vainement sur moi son courroux se déploie; Je sens que les remords d'un cœur né vertueux Souvent, pourle punir, vont plus loin que les dieux.
PALAMÈDE
Qu'importe à mes desseins le remords qui l'agile? ("Iroycz-vous qu'envers moi le remords vous acquitte.' Perfide! il est donc vrai, je n'en puis plus douter, Ni de votre innocence un moment me tlalter. Quoi ! pourle sang d'Egisthe, aux yeux de Palamède, Tydée ose avouer l'amour qui le possède ! S'il vous rend malgré moi criminel aujourd'hui. Cette main vous rendra vertueux malgré lui. Fils ingrat, c'est du sang de votre indigne amante Qu'à vos yeux trop charmés je veux l'oUrir fumante.
TYDÉE
Il faudra donc, avant que de verser le sien, Commoncer aujourd'hui par répandre le mien. Puisqu'a votre courroux il faut une victime,
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Frappez, seigneur, frappez: voilà l'auteur du crime.
PALAMÈDE
Juste ciel! se peut-il qu'à l'aspect de ces lieux, Fumants encore d'un sang pour lui si précieux. Dans le fond de son cœur la voix de la nature N'excite en ce moment ni trouble ni murmure?
TTDÉE.
Et que m'importe à moi le sang d'Agamemnon? Quel intérêt si saint m'attache à ce grand nom, Pour lui sacrifier les transports de mon âme. Et le prix glorieux qu'on propose à ma flamme? Et pourquoi votre fils lui doit-il immoler...
PALAMÈDE
Si je disais un mot, je vous ferais trembler. Vous n'êtes point mon fils, ni digne encor de l'être : Par d'autres sentiments vous le feriez connaître. Mon fils, infortuné, soumis, respectueux, N'offrait à mon amour qu'un héros vertueux ; Il n'aurait point brûlé pour le sang de Thyeste : IJn si coupable amour n'est digne que d'Oreste. Mon fils de son devoir eût été plus jaloux.
TYDÉE
Et quel est donc, seigneur, cet Oreste ?
PALAMÈDE
C'est vous,
ORESTE
Oreste, moi, seigneur! Dieux! qu'entends-je?
PALAMÈDE
Oui, vous-même, Qui ne devez vos jours qu'à ma tendresse extrême. Le traître dont ici vous protégez le sang, Aurait, sans moi, du vôtre épuisé votre flanc. Ingrat! si désormais ma foi vous paraît vaine. Retournez à Samos interroger Tyrrhéne.
Instruit de votre sort, sa constante amitié A secondé pour vous mes soins et ma pitié : Il sait, pour conserver une si chère vie. Par le tyran d'Argos sans cesse poursuivie, Que, sous le nom d'Oreste, à des traits ennemis J'offris, sans balancer, la tête de mon fils. C'est sous un nom si grandque, de vengeance avide, 11 venait en ces lieux punir un parricide. Je l'ai vu, ce cher fils, triste objet de mes vœux, Mouiir entre les bras d'un père malheureux : J'ai perdu pour vous seul cette unique esoérance.