ACTE y, SCENE II
Ne crois pas qu'un tyran pour toi puisse en ce jour Ce que ne pourrait pas ou l'estime ou l'amour. Non, quelque soit le san" qui coule dans tes veines, Je ne t'impute rien de l'norreur de mes peines; Je ne puis voir en loi qu'un prince généreux Que de tout mon pouvoir je voudrais rendre beu- Non, je ne te hais point : je serais inhumaine, [reux. Si je pouvais payer tant d'amour de ma haine.
ITYS
Je ne suis point haï! comblez donc tous les vœux Du cœur le plus fidèle et le plus amoureux. Vous n'avez plus de haine ! Eh bien ! qui vous ariète? Les autels sont parés, et la victime est prête : Venez sans différer, par des nœuds éternels, Yous unir à mon sort aux pieds des immortels. Égisthe doit bientôt y conduire la reine ; Suufi'rez que sur leurs pas mon amour vous en- On n'attend plus que vous. [traîne :
ELECTRE, à part.
On n'attend plus que moi !
Dieux cruels! que-ce mot redouble mon effroi!
(haut.)
Quoi ! tout est prêt, seigneur?
ITYS
Oui, ma chère princesse.
ÉLECTKE.
Hélas!
ITYS
Ah ! dissipez cette sombre tristesse.
Vos yeux d'assez de pleurs ont arrosé ces lieux : Livrez-vous à l'époux que vous offrent les dieux. Songez que cet hymen va finir vos misères ; Qu'il vous fait remonter au trône de vos pères; Que lui seul peut briser vos indignes liens, Et terminer les maux qui redoublent les miens. Le plus grand de mes soins, dans l'ardeur qui m'ani- Est de vousarracher au sort qui vous opprime, [me ; Mycènes vous déplaît : eh bien! j'en sortirai; Content du nom d'époux, partout je vous suivrai, Trop heureux, pour tout prix du feu qui me con- Si je puis de vos pleurs adoucir l'amertume! [sunie, Aussi touché que vous du d('stin d'un héros...
ELECTRE
Hélas ! que ne fait-il le plus grand de mes maux ! Et que ce triste hymen où ton amour aspire...
13 4 ELECTRE
Cet hymen... Non, Itys, je ne puis y souscrire. J'ai promis; cependant je ne puis l'acliever. Ton père est aux autels, je m'en vais l'y trouver : Attends-moi dans ces lieux.
ITYS
Et vous êtes sans haine !
Aux autels, quoi! sans moi? Demeurez, inhumaine: Demeurez, ou bientôt d'un amant odieux Ma main lera couler tout !e sang à vos yeux. Vous gardiez donc ce prix à ma persévérance?
ELECTRE. [vance.
Ah ! plus tu m'attendris, moins notre hymen s'a-
ITYS, se jetant à ses genoux.
Quoi ! vous m'abandonnez à mes cruels transports !
ELECTRE
Que fais-tu, malheureux ! laisse-moi mes remords ; Lève-toi : ce n'est point la haine qui me guide.