ACTE V, SCENE VU
D'un trouble affreux mon cœura peine à sedéfenc're. Palaméde, venez rassurer mes esprits.
Que vous calmez l'horreur qui les avait surpris ! Ami trop généreux, mon défenseur, mon père, Ah ! que votre présenceencemomentm'estchère!... Quel triste et sombre accueil ! Seigneur, qu'ai-je
[donc fait?
Vos yeux semblent sur moi ne s'ouvrir qu'à regret : N'ai-je pas assez loin étendu la vengeance ?
PALAMÈDE
On la porte souvent bien plus loin qu'on ne pense. Oui, vous êtes vengé, les dieux le sont aussi ; Mais, si vous m'en croyez, éloignez-vous d'ici. Ce palais n'offre plus qu'un spectacle funeste ; Ces lieux souillés de sang sont peu dignes d'Oreste : Suivez-moi l'un et l'autre.
ORESTE
Ah ! que vous me troublez ! Pourquoi nous éloigner? Palaméde, parlez: Craint-on quelque transport de la part de la reine?
PALAMÈDE
Non, vous n'avez plus rien à craindre de sa haine. De son triste destin laissez le soin aux dieux : Mais pour quelques moments abandonnez ces lieux ; Venez.
ORESTE
Non, non, ce soin cache trop de mystère; Je veux en être instruit. Parlez, quêtait ma mère?
PALAMÈDE
Eh bien! un coup affreux...
ORESTE
Ah dieux! quel inhumain A donc jusque sur elle osé porter la main ? Qu'a donciait Anténor, chargé de la défendre? Et comment et par qui s'est-il laissé surprendre? Ah! j'atteste les dieux que mon juste courroux...
PALAMÈDE
Ne faites point, seigneur, de serment contre vous,
ORESTE
Qui ? moi, j'aurais commis une action si noire ! Oreste parricide!... Ah ! pourriez-vous le croire? De mille coups plutôt j'aurais percé mon sein. Juste ciel I et qui peut imputer à ma main...
PALAMÈDE
J'ai vu, seigneur, j'ai vu : ce n'est point l'imposture
138 ELECTRE
Qui VOUS charge d'un coup dont frémit la nature. De vos soins généreux plus irritée encor, Clytemnestre a trompé le fidèle Anlénor, Et, remplissant ces lieux et de cris et de larmes, S'est jetée à travers le péril et les armes. Au moment qu'à vos pieds son parricide époux Etait près d'éprouver un trop juste courroux. Votre main redoutable allait trancher sa vie : Dans ce fatal instant la reine l'a saisie. Vous, sans considérer qui pouvait retenir Une main que les dieux armaient pour le punir, Vous avez d'un seul coup, qu'ils conduisaient peut-
[êlre, Fait couler tout le sang dont ils vous firent naître.
ORESTK.
Sort, ne m'as-lu tiré de l'abîme des flots Que pour me replonger dans ce gouffre de maux, Pour me faire attenter sur les jours de ma mère !... Elle vient: quel objet! où fuirai-je?
KLECTRE.
Ah, mon frère!