ZÉNOBIE, PHÉNICE
ZÉNOBIE
Ah! tyran, puisqu'il faut que ma tendresse agisse, El que de tes fuieurs ma haine te punisse, Crains que l'amour, armé de mes faibles attraits, Ne te rende bientôt tous les maux qu'il m'a faits. Et qu'ai-je à ménager? Mânes de Mithridate, N'est-il pas temps pour vous que ma vengeance Venez à mon secours, ombre de mon époux [éclate? Et remplissez mon cœur de vos transports jaloux. Vengez-vous par mes mains d'un ennemi funeste; Vengeons-nous-en plutôt par Je fils qui lui reste. Le crime que sur vous votre père a commis Ne peut être expié que par son autre fils. C'est à lui que les dieux réservent son supplice : Armons son bras vengeur. Va le trouver, Phénice : Dis-lui qu'à sa pitié, qu'à lui seul j'ai recours ; Mais sans me découvrir implore sou secours. Dis-lui, pour me sauver d'une injuste puissance, Qu'il intéresse Rome à prendre ma défense ; De son ambassadeur qu'on attend aujourd'hui, Dans ces lieux, s'il se peut, qu'il me fasse un appui. Fais briller à ses yeux le trône d'Arménie; Retrace-lui les maux de la triste Isménie; Par l'intérêt d'un sceptie ébranle son devoir; Pour l'attendrir enfin, peins-lui mon désespoir. Puisque l'amour a fait les malheurs de ma vie. Quel autre que l'amour doit venger Zénobie?