‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 193 sur 454 · SCÈNE PREMIÈRE RHADAMISTE, HIÉRON · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE RHADAMISTE, HIÉRON

HIÉRON

Est-ce vous que je vois ? en croirai-je mes yeux? Rhadamisle vivant ! Rhadamiste en ces lieux ! Se peut-il que le ciel vous redonne à nos larmes, Et rende à mes souhaits un jour si plein de charnies? Est-ce bien vous. seigneur?et par quel heureux sort Démentez- vous ici le bruit de votre mort?

RHADAMISTE

Hiéron, plût aux dieux que la main ennemie Qui me ravit le sceptre eût terminé ma vie ! Mais le ciel m'a laissé, pour prix de ma fureur, Des jours qu'il a tissus de tristesse et d'horreur. Loin de faire éclater ton zèle ni ta joie Pour un roi malheureux que le sort te renvoie, Ne me regarde plus que comme un furieux. Trop digne du courroux des hommes et des dieux ; Qu'a proscrit dès longtemps la vengeance céleste; De crimes, de remords assemblage funeste ; Indigne de la vie et de ton amitié ; Objet digne d'horreur, mais digne de pitié ; Traître envers la nature, envers l'amour perfide; Usurpateur ingrat, parjure, parricide.

Sans les remords affreux qui déchirent mon cœur, Hiéron, j'oublierais qu'il est un ciel vengeur.

HIÉRON

J'aime à voir ces regrets que la vertu fait naître : Mais le devoir, seigneur, est-il toujours le maître? Mithridate lui-même, en vous manquant de foi, Semblait de vous venger vous imposer la loi.

RHADAMISTE

Ah ! loin qu'en mes forfaits ton amitié me flatte. Peins-moi toute l'horreur du sort de Mithridate; Rappelle-loi ce jour et ces serments affreux Que je souillai du sang de tant de malheureux : S'il te souvient encor du nombre des rictimes,

-132 RHADAMISTE ET ZÉNODIE.

Compte, si Iule peux, mes remords parmcs crimes. Je veux que Mithridate, en trahissant mes feux. Fût digne même encor d'im sort plus ri!?oureu.\; Que je dusse son sang à ma flamme tralîie : Mais à ce même amour qu'avait faitZénobie? Tu frémis, je le vois : ta main, ta propre main Plongerait un poignard dans mon perfide sein, Si tu pouvais savoir jusqu'où ma barbarie De ma jalouse rage a porté la furie. [heurs :

Apprends tous mes forfaits, ou plutôt mes mal- Mais, sans les retracer, juges-en par mes pleurs.

HIÉRON

Aussi touché que vous du sort qui vous accable.

Je n'examine point si vous êtes coupable;

On est peu criminel avec tant de remords;

El je plains seulement vos douloureux Iransporls.

Calmez ce désespoir oCi votre âme se livre,

Et m'apprenez...

RHABAMISTE.

Comment oserai-je poursuivre?

Comment de mes fureurs oser l'entretenir, Quand tout mon sang se glace à ce seul souvenir? Sans que mon désespoir ici le renouvelle, Tu sais tout ce qu'a fait cette main criminelle : Tu vis comme aux autels un peuple mutiné Me ravit le bonheur qui m'était destiné; Et, malgré les périls qui menaçaient ma vie, Tu sais comme à leurs yeux j'enlevai Zénobie. Inutiles efforts! je fuyais vainement.

Peins-toi mon désespoir dans ce fatal moment. Je voulus m'immoler; mais Zénobie en larmes, Arrosant de ses pleurs mes parricides armes. Vingt fois pour me tléchir embrassant mes genoux. Me dit ce (jue l'amour inspire de plus doux. Hiéron, quel objet pour mon âme éperdue ! Jamais rien de si beau ne s'offrit à ma vue. Tant d'attraits cependant, loin d'attendrir mon Ne firent qu'augmenter ma jalouse fureur, [cœur. Quoi 1 dis-je en frémissant, la mort que je m'apprête Va donc à Tiridate assurer sa conquête ! Les pleurs de Zénobie irritant ce transport, Pour prix de tant d'amour je lui donnai la moit ; Et, n'écoutant plus rien que ma fureur extrême. Dans l'Araxe aussitôt je la traînai moi-même. Ce fut là que ma main lui choisit un tombeau,

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