‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 202 sur 454 · ACTE III, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE II

Sûr d'un appui sacré, vous confier à moi. Plus indigné que vous contre un barbare père, Je sens à son nom seul redoubler ma colère. Touché de vos vertus, et tout entier à vous, Sans savoir vos malheurs, je les partage tous. Vous calmeriez bientôt la douleur qui vous presse. Si vous saviez pourvous jusqu'où je m'intéresse. Parlez, prince : faut-il contre un père inhumain Armer avec éclat tout l'empire romain?

Soyez sûr qu'avec vous mon cœur d'intelligence Ne respire aujourd'hui qu'une même vengeance. S'il ne faut qu'adirer Corbulon en ces Heux, Quels que soient vos projets, j'ose attesterles dieux Que nous aurons bientôt satisfait voire envie, Fallût-il pour vous seul conquérir l'Arménie.

ARSAME.

Que me proposez-vous? quels conseils! Ah! seigneur. Que vous pénétrez mal dans le fond de mon cœur ! Qui ? moi ! que, trahissant mon père et ma patrie, J'attire les Romains au sein de î'Ibérie ! Ah ! si jusqu'à ce point il taut trahir ma foi, Que Rome en ce moment n'attende rien de moi : Je n'en exige rien, dès qu'il faut par un crime Acheter un bienfait que j'ai cru légitime; Et je vois bien, seigneur, qu'il me faut aujourd'hui Pour des infortunés chercher un autre appui. Je croyais, ébloui de ses titres suprêmes, Rome utile aux mortels autant que les dieux mêmes ; Et, pour en obtenir un secours généreux, J'ai cru qu'il suffisait que l'on fût malheureux. J'ose le croire encore ; et, sur cette espérance, Souffrez que des Romains j'implore l'assistance. C'est pour une captive asservie à nos lois. Qui, pour vous attendrir, a recours à ma voix : C'est pour une captive aimable, infortunée, fligne par ses appas d'une autre destinée. Enfin, par ses vertus à juger de son rang. On ne sortit jamais d'un plus illustre sang. C'est nous instruire assez de sa haute naissance, Que d'intéresser Rome à prendre sa défense. Elle veut même ici vous parler sans témoins; Et jamais on ne fut plus digne de vos soins. Pharasmane, entraîné par un amour funeste. Veut me ravir, seigneur, ce seul bien qui me reste, Le seul où je faisais consister mon bonheur,

CnÉOlLLON. 6

162 RDADAMISTE ET ZENOBIE.

Kt lo seul que pouvait lui disputer mon cœur. Ce n'est pas que, plus fier d'un secours que J'espère, Je prétende à mon tour l'enlever à mon père : Quand même il céderait sa captive a mes feux, Mon sort n'en serait pas plus doux ni plus heureux. Je ne veux qu'éloigner cet objet que j'adore, Et même sans espoir de le revoir encore.

RHADAMISTE

Suivi de peu des miens, sans pouvoir o(i je suis, Vous otfrir un asile est tout ce que je puis.

ARSAME.

Et tout ce que je veux : mon âme est satisfaite. Je vais tout disposer, seigneur, pour sa retraite. Je ne sais ; mais, pressé d'un mouvement secret, J'abandonne Isménie avec moins de regret. Pour calmer la douleur de mon âme inquiète. Il suffit qu'en vos mains Arsame la remette: Encor si je pouvais, aux dépens de mes jours, M'acquilter envers vous d'un généreux secours ! Maisjenepuis offrir, dans mon malheur extrême, Pour prix d'un tel bienfait, que le bienfait lui-même.

RHADAMISTE

Je n'en demande pas, cher prince, un prix plus Il est digne de moi, s'il n'est digne de vous, [doux ; Souffrez que désormais je vous serve de frère. Que je vous plains d'avoir un si barbare père ! Mais de ces vains transports pourquoi vous alar- Pourquoi quitter l'objet qui vous a su charmer?[mer? Daignez me confier et son sort et le vôtre; Dans un asile sûr suiver-moi l'un et l'autre. Sensible à ses malheurs, je ne puis sans effroi Abandonner Arsame aux fureurs de son roi. Prince, vous dédaignez un conseil qui vous blesse: Mais si vous connaissiez cf lui qui vous en presse...

ARSAUE.

Donnez-moi des conseils qui soient plus généreux,

Dignes de mon devoir, et dignes de tous deux.

Le roi doit dès demain partir pour l'Arménie :

Il s'agit à ses vœux d'enlever Isménie.

Mon père en ce moment peut l'éloigner de nous,

El sa captive en pleurs n'espcre plus qu'en vous.

Déjà sur vos bontés pleine de confiance.

Elle attend votre vue avec impatience.

Adieu, seigneur, adieu : je craindrais de troubler

Des secrets qu'à vous seul elle veut révéler.

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