SCÈNE m
RHADAMISTE
Ainsi, père jaloux, père injuste et barbare. C'est contre tout ton sang que ton cœur se déclare! Crains que ce même sang, tant de fois dédaigné, Ne se soulève enfin, de sa source indigné, Puisque déjà l'amour, maître du cœur d'Arsame, Y verse le poison d'une mortelle flamme. Quel que soit le respect de ce vertueux flls. Est-il quelques rivaux qui ne soient ennemis? Non, il n'est point de cœur si grand, si magnanime, Qu'un amour malheureux n'entraîne dans le crime. Mais je prétends en vain l'armer contre son roi : Mon frère n'est point fait au crime comme moi. Méritais-tu, barbare, un fils aussi fidèle? Ta rigueur semble encore en accroître le zèle : Rien ne peut ébranler son devoir ni sa foi ; Et toujours plus soumis... Quel exemple pour moi Dieux, de tant de vertus n'ornez-vous donc mon frère. Que pour me rendre seul trop semblable à mon père? Que prétend la fureur dont je suis combattu? D'un fils respectueux séduire la vertu?
Imitons-la plutôt, cédons à la nature : N'en ai-je pas assez étouffé le murmure? Que dis-je? dans mon cœur, moins rebelle à ses lois, Dois-je plutôt qu'un père en écouter la voix ? Pères cruels, vos droits ne sont-ils pas les nôtres? Et nos devoiis sont-ils plus sacrés que les vôtres? Ou vient : c'est Hiéron.