‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 222 sur 454 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

PIIARASMANE, ARSAME, MITRANE,

HYDASPE, GAKDES.

AHSAME.

Seigneur, qu'avez-vous fait?

PHARASMANE.

J'ai vengé mon injure, et je suis satisfait.

Aux portes du palais j'ai trouvé le perfide,

Que son malheur rendait encor plus intrépide

Un long rempart des miens expirés sous ses coups,

Arrêtant les plus fiers, glaçait les cœurs de tous.

J'ai vu deux fois le traître, au mépris de sa vie,

Tenter, même à mes yeux, de reprendre Isménie,

L'ardeur de recouvrer un i3ien si précieux

L'avait déjà deux fois ramené dans ces lieux

A la fin, indigné de son audace extrême,

Dans la foule des siens je l'ai cherché moi-même :

Ils en ont pâli tous; et, malgré sa valeur,

Ma main a dans son sein plongé ce fer vengeur.

Va le voir expirer dans les bras d'Isménie;

Va partager le prix de votre perfidie.

ARSAME.

Quoi ! seigneur, il est mort ! Après ce coup affreux, Frappez, n'épargnez plus votre fils malheureux.

(a part.)

Dieux, ne me rendiez-vous mon déplorable frère Que pour le voir périr par les mains de mon père? Mitrane, soutiens-moi.

PHARASMANE.

D'où vi ent donc que son cœur Est si touché du sort d'un envi ravisseur? Le Romain dont ce fer vient de trancher la vie, Si j'en crois ses discours, fut l'époux d'Isménie ; Et cependant mon fils, charmé de ses appas. Quand son rival périt, gémit de son trépas ! Qui peut lui rendre encor cette perte si chère? Des larmes de mon fils quel est donc le mystère? Mais moi-même, d'où vient qu'après tant de fureur Je me sens malgré moi partager sa douleur'' Par quel charme, malgré le courroux qui m enfla m- Lapitié s'ouvre-t-elle un chemin dans mon àme? [me, Quelle plaintive voix trouble en secret mes seoii,

180 RUADAMISTE ET ZENOBIE.

Et peut former en moi de si tristes accents? D'où vient que je frissonne? et quel est donc mon Me serais-je mépris au choix de la victime? [crime? Ou le sang des Romains est-il si précieux Qu'on n'en puisse verser sans offenser les dieux ? Par mon ambition, d'illustres destinées, Sans pitié, sans regret, ont été terminées; Et, lorsque je punis qui m'avait outragé, Mon faible cœur craint-il de s'être trop vengé? D'où peut naître le trouble où son trépas me jette? Je ne sais; mais sa mort m'alarme et m'inquiète. Quand j'ai versé le sang de ce fier ennemi, Tout le mien s'est ému, j'ai tremblé, j'ai frémi. Il m'a môme paru que ce Romain terrible, Devenu tout à coup à sa perle insensible, Avare de mon sang quand je versais le sien, Aux dépens de ses jours s'est abstenu du mien. Je rappelle en tremblant ce que m'a dit Arsame. Eclaircissez le trouble où vous jetez mon âme; Ecoutez-moi, mon fils, et reprenez vos sens.

ARSAUE.

Que vous servent, hélas! ces regrets impuissants? Puissiez-vous, à jamais ignorant ce mystère, Oublier avec lui de qui vous fûtes père!

PHARASMANE,

Ah I c'est trop m'alarmer; expliquez-vous, mon fils. De quel effroi nouveau frappez-vous mes esprits? Mais pour le redoubler dans mon âme éperdue, Dieux puissants, quel objet offrez-vous à ma vuel

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