‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 232 sur 454 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

Le front humilié d'une honteuse chahie ? Ninus, que de ta mort le ciel s'est bien vengé ! Ma chère Ténésis, que mon cœur est changé! Cette Sémiramis si fière et si hautaine, Du sort de l'univers arbitre et souveraine, Rivale des héros dont on vante les faits, Qui de son sexe enfin n'avait que les attraits, Vile esclave au milieu de la grandeur suprême, Maîtresse des humains, ne l'est plus d'elle-même. Je ne triomphe pas de tous mes ennemis : Qu'il en est que mon cœur voudrait avoir soumis! Je vois que Ténésis, indignée et surprise. Condamne des transports que sa vertu méprise : Mais de notre amitié les liens sont trop doux. Pour me permettre encor quelques secrets pour

[vous.

Je vous en dis assez pour vous faire comprendre Tout ce que ma fierté craint de vous faire entendre.

Je conçois aisément qu'une cruelle ardeur De vos jours malgré vous a troublé la douceur. Le reste est un secret que mon respect, madame, Me défend de chercherjusqu'au fond de votre âme. Votre défaite en vain me suppose un vainqueur : J'ignore qui s'est pu soumettre un si grand cœur; Je n'ose le chercher dans la foule importune Qu'attire sur vos pas votre auguste fortune. J'avais cru jusqu'ici que pour plaire à vos yeax Il fallait ou des rois, ou des enfants des dieux.

SÉMIRAMIS

Et voilà ce qui met le trouble dans mon âme. Et qui me fait rougir d'une honteuse flamme. Agéiior inconnu ne compte point d'aïeux Pour me justifier d'un amour odieux.

TÉNÉSIS ,

Agénorl

SÉMIRAMIS

Le voilà, ce vainqueur redoutable.

Qu'un front sans ornement ne rend pas moins ai- Pl us terrible lui seul que tous mes ennemis, [mable ; El plus cruel pour moi que ceux qu'il a soumis. Ma raison s'arme en vain de quelques étincelles : Mon cœur semble grossir le nombre des rebelles.

TÉNÉSIS.

Madame, et queldessein a-t-il donc pu former ?

102 SÉM[RAMIS.

En aimant Agénor, que prétend-il ?

SÉMIRAHIS.

L'aimer; Et, si ce n'est assez, lui partager encore Un sceptre qu'aussi bien mon amour déshonore.

Ah, ciel ! et que dira l'univers étonné? A quels soins ce grand cœur s'est-ii abandonné?

SÉMIRAMIS

J'ai fait taire ma gloire, et tu veux que je craigne Les discours importuns de ceux sur qui je régne! Ténésis, plût aux dieux que mon funeste amour N'eût d'autres ennemis à combattre en ce jour! Je braverais bientôt ce que dira l'Asie : Ce n'est pas là l'effroi dont mon âme est saisie. Qu'aux mortels indignés le ciel se joigne encor, De l'univers entier je ne crains qu'Agénor. .. C'est ce rebelle cœur que je voudrais soumellre, Et c'est ce que le mien n'oserait se promettre. Des Mèdes aujourd'hui je l'ai déclaré roi. Mais je l'élève en vain pour l'approcher de moi ; En vain, dans les transports de mon amour extrême, Sur son front dépouillé j'attache un diadème : Pour toucher ce néros mes bienfaits superflus Échauffent sa valeur, et ne font rien de plus. De tant d'amour, hélas! faible reconnaissance! Ses exploits font encor toute ma récompense. Ténésis, c'est à toi que ma flamme a recours : Souffre que de tes soins j'implore le secours; C'est sur eux désormais que mon cœur se repose* Tu sais ce que pour moi notre amitié t'impose; J'en exige aujourd'hui des efforts généreux...

TÉNÉSIS.

Eh! que puis-je pour vous qui réponde à vos vœux?

SÉMIRAMIS

Il faut faire approuver mon amour à mon frère. Fléchir en sa faveur sa vertu trop austère. Retenir dans son cœur des leçons que je crains. Pour relever le mien tous reproches sont vains. Ce n'est pas tout : il faut de l'amour le plus tendre Informer un héros qui le voit sans l'entendre ; Soulager sur ce point mon courage abattu, Quand ma timidité fait toute ma vertu.

J'ai détrôné des rois, porté partout la guerre; Nul héros plus que moi n'a fait trembler la terre*

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