SCÈNE VI
TÉNÉSIS.
Est-ce à moi, juste ciel, que ce discours s'adresse. Qu'oses-tu m avouer, téméraire princesse? Que je plains ton amour, faible Sémiramis, Si son espoir dépend des soins de Ténésis ! Pour t'en remettre à moi du succès de ta flamme, Je vois bien que tu n'as consulté que ton âme : Tu m'aurais mieux caché ses secrets odieux. Si l'Amour d'un bandeau n'avait couvert tes yeux. Et toi, cruel Amour qui me poursuis sans cesse, Est-ce pour éprouver une triste princesse Qui t'ose disputer l'empire de ton cœur, Que tu m'as confié les soins d'une autre ardeur? Tu ne peux mieux combler ta vengeance fatale. Qu'en me faisant servir les feux de ma rivale; Et, pour comble de maux, quelle rivale encor! Quel triomphe pour toi, redoutable Agénorl J'ai dédaigné tes soins; ma fierté trop farouche A vingt fois étouffé tes soupirs dans ta bouche : Et l'Amour jusque-là vient de m'humilier, Que peut-être à mon tour il faudra supplier. Entre une reine et moi, sur quoi puis-je prétendre Que ton cœur un moment balance pour se rendre? S'il se laisse éblouir par les offres du sien, Que de mépris suivront la défaite du mien! Eh ! que m'importe, hélas ! qu'Agénor me méprise? Est-ce assez pour l'aimer qu'une autre m'autorise?
194 SÉMIRAMIS
Un cœur né sans vertu, sans honneur et sans foi, Peut-il être en effet un exemple pour moi ? Que dis-je? Quoi! déjà ma prompte jalousie Joint l'outrage aux transports dont mon âme est Ténésis, pour te faire un généreux effort, [saisie I Songe que tu n'es plus maîtresse de ton sort. Ah ! Bélus, plûtaux deiuxqu'enmon triste hyménée Mon cœur eût de ma main subi la destinée! Vains regrets! C'est assez, égarements jaloux, Mon austère vertu n'est point faite pour vous. Parlons, n'exposons pas la tôte de mon père Aux noirs ressentiments d'une reine en colère Que de malheurs suivraient son amour outragé! Puisqu'à servir se» feux mon cœur est engagé, Instruisons Agénor de cet amour funeste ; A mes faibles attraits laissons le soin du reste. Vains désirs, taisez-vous pour la dernière fois : C'est à d'autres qu'à vous qu'il faut prêter ma voix.