‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 240 sur 454 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

Je n'en viens point, seigneur, pénétrer le mystère ; Je n'ai pas prétendu vous déclarer les miens, Et votre cœur pour lui peut réserver les siens : Le soin de les savoir n'est pas ce qui m'amène; Je ne m'empresse ici que pour ceux de la reine.

AGKNOU.

Ah! madame, daignez vous épargner ce soin; Votre zèle pour elle irait en vain plus loin : Je ne veux rien savoir des secrets de la reine. Que lorsqu'il faut servir sa justice ou sa haine. Ministre à son courroux malgré moi dévoué, Combien de fois mon cœur m'en a désavoué! S'il s'agissait ici de dompter les rebelles, Ou de tenter eucor des conquêtes nouvelles, On ne vous aurait pas confié ces secrets. Quoique tout soit sur moi possible à vos attraits, La reine, dont l'Asie admire la prudence, A-t-elle pu si mal placer sa conlidence? Et quel est son espoir, ou plutôt son erreur? Que vous pénétrez peul'une et l'autre en mon cœur!

TÉNÉSTS.

Qu'elle s'abuse ou non sur ce qu'elle en espère. Vous pourrez avec elle éclaircir ce mystère : Je ne me charge ici que de vous informer Qu'Agénor de la reine a su se faire aimer; Que 1 unique bonheur où son grand cœur aspire. Seigneur, c'est de vous voir partager cet empire. Sa tendresse et sa main sont d'un assez grand prix Pour ne pas s'attirer un injuste mépris.

Les dieux, pour ajouter à sa grandeur suprême. Eussent-ils dans ses mains mis leur puissance même. Il est pour Agénorunbien plus précieux Que toutes les grandeurs de la reine et des dieux. Mais, puisque malgré moi vous avez pu m'apprendre Ce dangereux secret que je craignais d'entendre, Madame, permettez que mon cœur, à son tour, Entre la reine et vous s'explique sans détour. J'aime, je l'avouerai; mon courage inflexible ,N'a pu me préserver d'un penchant invincible : Un regard a suffi pour mettre dans les fers Celui qui prétendait y mettre l'univers. J'aime. Le digne objet pour qui mon cœur soupire, Quoiqu'il ne brille point par l'éclat d'un empire,

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N'en mérite pas moins, par sa seule beauté, Tout l'hommage qu'on rend à la divinité : Le ciel mit dans son cœur la vertu la plus pure Dont il puisse enrichir les dons de la nature. Jugez, à ce portrait que je n'ai point flatté, Si le nom de la reine y peut être ajouté. Vous me vantez en vain son rang et sa tendresse; En vain à la servir votre bouche s'empresse : Que pourrait-elle, hélas ! me dire en sa faveur. Que vos yeux aussitôt n'effacent de mon cœur? Ah! ne les armez point d'une injuste colère, Princesse; mon dessein n'est pas de leur déplaire : Les miens ne sont ouverts que pour les admirer. Et mon cœur n'était fait que pour les adorer.

TÉNÉSIS.

Je n'ai que trop prévu que l'amour de la reine Exciterait en vous une audace si vaine ; Et, mesurant bientôt tous les cœurs sur le sien, Que parmi les vaincus vous compteriez le mien. Fier de tant de hauts faits, vous avez cru peut-êire Que la seule valeur vous en rendrait le maître; Mais, si jamais l'amour le soumet à vos lois. Ce sera le plus grand de vos fameux exploits. Vingt royaumes conquis, l'Egypte subjuguée, L'Afrique en ses déserts par vous seul reléguée, N'ont que trop signalé votre invincible cœur, Sans enchaîner le mien au char de leur vainqueur. Seigneur, et quel espoir a donc pu vous prometlre Qu'à vos désirs un jour vous pourriez le soumettre? Car, si vous n'en eussiez jamais rien attendu. Vous auriez mieux gardé le respect qui m'est dû. J'estimais vos vertus, et ce n'est pas sans peine Que je vous vois chercher à mériter ma haine. Je ne vous parle point du péril où vos feux Exposent tous les miens, et moi-même avec eux; Vous l'auriez dû prévoir : une plus belle flamme De ce soin généreux eût occupé votre âme. Je veux bien vous cacher d'autres secrets encor Plus terribles cent fois pour l'amour d'Agénor : Mais, si vous en voulez pénétrer le mystère, Daignez, si vous l'osez, interroger mon père. Il vient : vous en pourrez mieux apprendre aujour- Ce qu'il faut espérer de sa fille et de lui. [dhui

(Elle koit.)

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