‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 241 sur 454 · AGÉNOR, BÉLUS · texte numérisé non relu

AGÉNOR, BÉLUS

BÉLUS

Arrêtez un moment : j'ai deux mots à vous dire, Qui me regardent, vous, la reine et tout l'empire. Au mépris de son sang, plus encor de nos lois, Qui n'ont jamais admis d'étrangers pour nos rois, De ma sœur et de vous on dit que l'hyménée, Seigneur, doit dès ce jour unir la destinée. L'esprit avec justice indigné de ce bruit. J'ai voulu par vous-même en être mieux instruit. AGÉNOR. [prendre,

Si ce bruit, quel qu'il soit, a de quoi vous sur- Delareine, seigneur, ne pouviez-vous l'apprendre?

BÉLUS

Ah ! je ne sais que trop ses projets insensés.

AGÉNOR

Et moi de vos secrets plus que vous ne pensez.

BÉLUS

Si jamais votre cœur fut vraiment magnanime, Vous n'aurez donc pour moi conçu que de l'estime.

AGKNOH.

Je ne démêle point les divers intérêts Qui vous font en ces lieux former tant de projets: 11 m'a suffit, savant dans l'art de les détruire, D'en préserver l'Etat, mais sans vouloir vous nuire. Ce discours vous surprend; mais, prince, poursui- Et ne regardez point ce que vous me devez. [vez,

BÉLUS

•e vous devrais beaucoup pour tant de retenue. Si la cause, seigneur, m'en était mieux connue. Moncœur n'est point ingrat; cependant je sens bien Qu'il voudrait vous haïr, et ne vous devoir rien.

AGÉNOR

Je vais donc aujourd'hui, par un aveu sincère,

Justifier ici cette haine si chère.

Vous avez cru sans doute, en votre vain courroux,

20 0 SÉHIRAMIS.

Qu'un étranger sans nom fléchirait devant vous,

Et surtout au milieu d'une cour ennemie

Où l'on voit sa puissance encor mal affermie ;

Que vous n'aviez, seigneur, qu'à venir m'annonccr

Qu'à l'hymen de la reine il fallait renoncer.

Pour me voir, au dessein de conserver ma vie,

Sacrifier l'espoir de régner sur l'Asie.

Mais de mes ennemis je brave les projets :

Je crains peu la menace, encor moins les elTels;

Et, si jamais l'amour m'entraînait vers la reine,

Je consulterais peu ni Bélus ni sa haine.

Mais, pour un autre objet dès longtemps prévenu,

Dans des liens plus doux mon cœur fut retenu.

Votre fille, seigneur, est celle que j'adore.

Ou que sans ses mépris j'adorerais encore.

BÉLUS

Ma fille! Ténésis?

AGÉNOR

Un captif tel que moi Honorerait ses fers, même sans qu'il fût roi.

BÉLDS.

Seigneur, si mes secrets ont besoin de silence. Les vôtres n'avaient pas besoin de confidence. Quoi! d'aïeux sans éclat Agénor descendu A l'hymen de ma fille aurait-il prétendu?

AGÉNOR

On vante peu le sang dont j'ai reçu la vie; Mais je n'en connais point à qui je porte envie : D'aucunsoinsurcepointmoncœurn est combattu. Le destin m'a fait naître au sein de la vertu ; C'est elle qui prit soin d'élever mon enfance, Et ma gloire a depuis passé mon espérance. Quiconque peut avoir un cœur tel que le mien Ne connaît point de sang plus digne que le sien; Et, quand j'ai recherché votre auguste alliance. J'ai compté vos vertus, et non votre naissance.

BÉLUS

C'est elle cependant qui décide entre nous. Il est plus d'un mortel aussi vaillant que vous; Mais je n'en connais point, quelque grand qu'il

[puisse être, Dont le sang d'où je sors ne doive être le maître. La valeur ne fait pas les princes et les rois : Ils sont enfants des dieu.x, du destin et des lois. La valeur, quels que soient ses droits et ses maximes,

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