‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 248 sur 454 · BÉLUS, AGÉNOR · texte numérisé non relu

BÉLUS, AGÉNOR

BÉLUS

N'est-ce point abuser des moments d'Agénor, Que de vouloir ici l'entretenir encor? Seigneur, sans nie flatter d'une vaine espérance, Puis-je attendre de vous un peu de confiance? Après un entretien mêlé de tant d'aigreur, Puis-je en espérer un plus conforme à mon cœur?

AGÉNOR

Dès qu'il en bannira l'orgueil et la menace, Qu'il n'ira point lui-même exciter mon audace, Bélus peut-il penser qu'Agénor aujourd'hui Manque de confiance ou de respect pour lui?

BÉLUS

Je vais donc avec vous employer un langage Dont jamais ma fierté ne me permit l'usage. Je vois sur voire front une auguste candeur. Don du ciel que n'a point démenti votre cœur, Qui semble m'inviter à vous ouvrir sans crainte Celui d'un prince né sans détour et sans feinlo. Mais, avant qu'cà vos yeux de mes desseins secrets Je développe ici les sacrés intérêts, H m'importe, seigneur, de regagner l'estime D'un cœur que je ne puis croire que magnanime. Vous avez cru sans doute, instruitde mes desseins, Que l'ambition seule avait armé mes mains. En effet, à me voir appliqué sans relâche [tache, Aux malheureux complots où mon courroux m'at- Qui ne croirait, seigneur, du moins sans m'ofl'enser, A de honteux soupçons pouvoir se dispenser? Mais ce n'est pas sur moi qu'aucun désir n'enflam- C'est sur lesdieux qu'il faut en rejeter leblâme. [nie, La fureur de régner ne m'a point corrompu : Je régnerais, seigneur, si je l'avais voulu. Si ma sœur elle-même avait régné sans crime, Si sur moi son pouvoir eût été légitime. Ou si, pour la punir d'un parricide affreux, Les dieux avaient été plus prompts, plus rigoureux, "Vous ne me verriez point attaquer sa puissance. Ou sur ces dieux trop lenis usurper la vengeance : Mais ils m'ont de leurs soins dénié la faveur.

Page 1