CÈNE VI
BÉLUS, TÉNÉSIS.
Ail! seigneur, est-ce vous? Que mon âme ép»rdue Avait besoin ici d'une si chère vue!
Je ne sais quels projets on médite en ces lieux; Mais je ne vois partout que soldats furieux, Que des fronts menaçants, qu'épouvante, que trou- La garde du palais à grands flots se redouble ; [ble : La reine frémissante erre de toutes parts, Et je n'en ai reçu que de tristes regards. Quoiqu'elle m'ait appris que son hymen s'apprête. Mais quels apprêts, grands dieux! pour une telle fêle! Que mon cœur, alarmé de tout ce que je voi. En conçoit de douleur, et de trouble et d'effroi! D'un son tumultueux tout ce palais résonne. Et je sais qu'en secret la reine vous soupçonne.
BÉLUS
Ma fille, elle fait plus que de me soupçonner, Et de bien d'autres cris ces lieux vont résonner. Que ces tristes apprêts qui causent vos alarmes Vont vous coûter bientôt de soupirs et de larmes. Ma chère Ténésis! On sait tous mes projets. Et c'est contre moi seul que se font tant d'apprêts.
Pourquoi donc en ces lieux vous arrêter encore? Souffrez que pour vous-même ici je vous implore: Fuyez; daignez du moins tenlor quelque secours Qui d'un père si cher me conserve les jours.