ACTE III, SCÈNE VII. «4 S
Mais un reste d'espoir me flatte et vient me luire : Je crois même, seigneur, devoir vous en instruire. Agénor a pour moi témoigné quelque ardeur, Que n'aura point peut-être étouffé ma rigueur. Ainsi que son pouvoir, sa valeur esi extrême : Que ne fera-t-il point pour plaire à ce qu'il aime?
BÉLUS
Agénor! ah! ma fille, il n'y faut plus penser. L'insolent ! à quel point il vient de m'offenser ! Ténésis, si c'est là votre unique espérance, Vous me verrez bientôt immoler sans défense. Je veux à votre gloire épargner un récit Qui ne vous causerait que hontt et que dépit. Au maître des humains je vous avais unie : Après m'êlre flatté d'une gloire inûnie. Il m'a fallu descendre à des nœuds sans éclat, Et d'un soin si honteux je n'ai fait qu'un ingrat. Ma fille, on vous préfère une reine barbare : Contre vous, contre moi, pour elle on se déclare. Je me suis abaissé jusques à supplier; Mais qu'un vil étranger vient de m'humilier!
TÉNÉSIS.
Je vous connais tous deux : violents l'un et l'autre, Son cœur fier n'aura pas voulu céder au vôtre : Une timide voix saura mieux le fléchir. Je n'examine rien, s'il peut vous secourir : Souffrez pour un moment que je m'offre à sa vue.
BÉLUS
Ma fille, il n'est plus temps : sa perte est résolue.
Plus que les miens ici ses jours sont en danger :
De ses lâches refus son sang va me venger.
Adieu. De ce palais, où bientôt le carnage
Va n'offrir à nos yeux qu'une effroyable image,
Fuyez ; dérobez-vous de ce funeste'lieu,
Où je vous dis peut-être un éternel adieu.