‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 260 sur 454 · ACTE IV, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V

Cet étranger m'est cher ; j'ose même aujourd'hui

Ici comme de moi vous répondre de lui.

Dès mes plus jeunes ans je connais Mermécide.

SÉMIRAUIS.

Vous n'avez donc connu qu'un rebelle, un perfide, Indigne de la vie et de votre pitié.

Que loin de dérober à mon inimitié Vous devriez livrer vous-même à ma justice, Ou m'en laisser du moins ordonner le supplice. Pour le priver, seigneur, d'un si puissant secours. Faut-il vous dire encor qu'il y va de mes jours? Mais, ingrat, ce n'est pas ce qui vous intéresse. En vain je fais pour vous éclater ma tendresse : Ce généreux secours qu'on m'avait tant promis Se termine à sauver mes plus grands ennemis.

AGENOR.

Madame, si le ciel ne vous en fit point d'autres, Vous me verrez longtemps le protecteur des vôtres. Si celui-ci surtout a besoin de secours. Jusqu'au dernier soupir je défendrai ses jours. Il n'est empire, honneur, que je ne sacrifie Au soin de conserver une si chère vie.

sÉMiRAMis. freur

Ah ! qu'est-ce que j'entends? Je ne sais quelle hor- Se répand tout à coup jusqu'au fond de mon cœur. Je ne vois dans leurs yeux qu'un trouble qui me glace. Seigneur, entre vous deux qu'est-ce donc qui se

[passe?

Quel intérêt si grand prenez-vous à ses jours?

AGÉNOR

Est-il besoin encor d'éclaicir ce discours? Voulez-vous qu'à vos coups j'abandonne mon père?

MEHMKCIDE.

Non, je ne le suis pas ; mais voilà votre mère.

AGÉNOR

Ma mère !

SÉMIRAMIS

Lui mon fils? Grands dieux ! qu'ai-je en- Cher Âgénor, hélas ! je vous ai doncperdu ! [tendu?

MERMÉCIDE.

Heureuse bien plutôt qu'en cette horrible Hamme

Un mystère plus long n ait point nourri votre âme !

Je n'ai laissé que trop Ninias dans l'erreur:

Je frémis des périls où j'ai livré son cœur.

Eh ! qui pouvait prévoir qu'une ardeur criminelle

2 22 SÉMIRAMIS

Reléguerait au loin la nature infidèle?

Revenez tous les deux de votre étonnement, Et vous, reine, encor plus de votre égarement. Voilà ce Ninias si digne de son père, Mais à qui les destins devaient une autre mère.

NINIAS

Mermécide, arrêtez : c'est ma mère, et je veux Qu'on la respecte autant qu'on respecte les dieux. Je n'oublierai jamais que je lui dois la vie, Et je ne prétends pas qu"aucun autre l'oublie.

SÉMIRAMIS

Non, tu n'es point mon fils : en vain cet imposteur Prétend de mon amour démentir la fureur: Si tu l'étais, déjà la voix de la nature Eût détruit de l'amour la première imposture. Il n'est qu'un seul moyen de me montrer mon fils, C'est par un prompt secours contre mes ennemis. Qu'à mon courroux sa main prête son ministère. Qu'il t'immole; à ce prix je deviendrai sa mère. Mais je ne la suis pas; je n'en ressens du moins Les entrailles, l'amour, les remords, ni les soins. Cruel ! pour me forcer à te céder l'empire, D suffisait de ceux que mon amour m'inspire ; Tu n'avais pas besoin d'emprunter contre lui D'un redoutable nom l'incestueux appui.

Va te joindre à Bélus, cœur ingrat et perfide; Rends-toi digne de moi par un noir parricide ; Viens toi-même chercber dans mon malheureux Les traces de Ninus et le sceau de ton sang, [flanc Mais,soil fils, soit amant, n'attends de moi, barbare! Que les mêmes horreurs que ton cœur me prépaie. Comme fils, n'attends rien d'un cœur ambitieux ; Comme amant, encor moins d'un amour furieux. Je périrai le front orné du diadème.

Et, s'il faut le céder, tu périras toi-même. Ingrat, je t'aime encore avec trop de fureur Pour te sacrifier les transports de mon cœur. Garde-toi cependant d'une amante outragée; Garde-toi d'une mère à ta perte engagée. Adieu : J'uis sans tarder de ces funestes lieux ; Respecle-s-y du moins mère, amante, ou les dieux.

NINIAS

Oui, je vais vous prouver par mon obéissance Combifii lo nom de mère a sur moi de puissance. Puisse à votre grand cœur ce nom qui m'est si doux

Page 1