ACTE V, SCENE II
Dérobe à la claité l'abominable flamme Dont les feux du Ténareont embrasé mon âme. Dieux, qui m'abandonnez à ceshonteux transports, N'en attendez, cruels, ni douleurs ni remords. Je ne tiens mon amour que de votre colère ; [plaire. Mais, pour vous en punir, mon cœur veut s'y com- Je veux du moins aimer comme ces mêmes dieux, Chez qui seuls j'ai trouvé l'exemple de mes feux. Gesse de t'en flatter, malheureuse mortelle ! Où crois-tu de tes feux trouver l'aflreux modèle? Et quel indigne espoir vient t'agiter encor? Crois-tu dans Ninias letrouver Agénor?
Contente-toi d'avoir sacrifié le père, Et reprends pour le fils des entrqjlles de mère. Dangereux Ninias, ne t'avais-je formé Si grand, si généreux, si digne d'être aimé, Que pour me voir moi-même adorer mon ouvrage. Et trahir la nature, à qui j'en dois l'hommage? Mais de quel bruit affreux... Ciel ! qu'est-ce que je
fvoi ?
Phénice, où courez- vous ? et d'où naît votre effroi ?
SÉMIRAMIS, PHÉNICE, ARBAS.
PHÉNICK.
Fuyez, reine, fuyez ; vos soldats vous trahissent: Du nom de Ninias tous ces lieux retentissent. A peine a-t-il paru, «^u'à son terrible aspect Vos gardes n'ont fait voir que crainte et que respect. La fierté dans les yeux et bouiflant de colère. J'ai vu lui-même encor votre perfide frère, Des soldats mulinés échauflant la fureur, Ordonner à grands cris le trépas de sa sœur. Où sera votre asile en ce moment funeste?
SÉMIRAMIS. [reste.
Va, ne crains rien pour moi tant qu'un soupir me Au gré de son courroux le ciel peut m'accabler; Mais ce sera du moins sans me faire trembler. Arbas,jesais pour moi jusqu'où va votre zèle, Et vous êtes le seul qui me restiez fidèle. En remettant ici la princesse en vos mains. Je vous ai déclaré quels étaient mes desseins. Allez, et vous rendez, par votre obéissance,
CRliBILLOM. 8
â2Ç SÉMlRAMIS.
Digne de mes bienfaits elde ma confiance. Songez dans quels périls vous vous précipitez Si ces ordres bientôt ne sont exécutés. Et nous, allons, Phénice, au-devant d'un barbare, Nous exposer sans crainte à ce qu'il nous prépare: Viens me voir terminer mon déplorable sort. Suis-moi; je vais t' apprendre à mépriser la mort. Mais qu'est-ce que je vois?... Ah! courroux si ter- Qu'à cet aspect si cher vous devenez flexible 1 [rible,