ACTE I, SCENE I
Ses grâces, sa beauté, sa fière modestie, Tout m'en plaît, LentuUis; mais cette passion Est moins amour en moi, qu'excès d'ambition. Malgré tous les objets dont son orgueil se pare, TuUie est ce que Rome eut jamais de plus rare : Je vois à son aspect tout un peuple enchanté, Et c'est de tant d'attraits le seul qui m'ait tenté : Sans la foule des cœurs qui s'empressent pour elle, Tullie à mes regards n'eût point paru si belle. Mais je n'ai pu souffrir que Quelque audacieux Vint m'enlever un bien qu'oA croit si précieux. Enfin je l'ai conquis, et sans cette ictoire Je croirais aujourd'hui que tout manque àmagloire. Ce n'est pas que l'amour en soit le seul objet : Loin que de mes desseins il suspende l'effet. Cette flamme, où tu crois que tout mon cœur s'appli- Est un fruit de ma haine et de ma poUtique. [que, Si je rends Cicéron favorable à mes feux, Rien ne peut désormais s'opposera mes vœiux : Je tiendrai sous mes lois et la fille et le père. Et j'y verrai bientôt la république entière. Je sais que ce consul me hait au fond du cœur, Sans oser d'un refus insulter ma faveur; Il craint en moi le peuple, et garde le silence : Mais, tandis qu'entre nous Rome tient la balance, J'ai cru devoir toujours poursuivre avec éclat Un hymen qui le perd dans l'esprit du sénat. Au temple de Tellus voilà ce qui m'appelle. Probus, qu'à Cicéron je veux rendre infidèle, M'y sert à ménager des traités captieux, ttù, sans rien terminer, je les Srorape tous deux. Mais, loin de confier nos desseins au grand prêtre, De ses propres secrets je suis déjà le maître. J'ai flatté son orgueil par le pontificat; J'ai parlé pour lui seul, en public, au sénat. Tandis que pour César, aidé de Servilie, J'engageais Cicéron trompé par Césonie.
Enfin, Probus sait trop que, s'il m'osait trahir, ïl ne me faut qu'un mot pour le faire périr. Même ici, par ses soins, je dois revoir Tullie. Ne crains point cependant le courroux de Fulvie : Son cœur fut trop à moi pour en redouter rien,
LENTDLUS.
Elle a trop pénétré rartifice du lien
Pour ne se point venger de tant de perfidie»
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Elle est femme, jalouse, imprudente, hardie; Elle sait tout : bientôt nous serons découverts. Et je n'entrevois plus que de tristes revers. Que faisons-nous dans Home?et sur quelle espéran- Parmi tant d'ennemis, avoir tant d'assurance ? [ce, Contre César et toi les clameurs de Caton Ne cessent d'irriter Antoine et Cicéron. Ces deux consuls, tous deux amis de la patrie, Brûlant de cet amour que tu nommes manie, Peut-être trop instruits de nos desseins secrets. Préviendront d'un seul couptahaine et tes projets. Déjà de toutes parts je vois grossir l'orage : Crassus devient suspect, t'en faut-il davantage? Et tu n'ignores pas que depuis plus d'un jour Les lettres de Pommée annoncent son retour; Que Pétréius, suivi de nombreuses cohortes, Bientôt de Rome même occupera les portes. César, dont le génie égale le grand cœur. T'accuse d'imprudence et de trop de lenteur.
CATILINA
Oui, je sais que César désire ma retraite. Pour briguer au sénat l'honneur de ma défaite, Pour voir nos légions marcher sous ses drapeaux Et pour profiter seul du fruit de mes travaux : Mais, si le sort répond à l'espoir qui m'anime, Je ferai de César ma première victime.
Il est trop jeune encor pour me donner la loi, Et je n'en veux ici recevoir que de moi, Qu'ai-je à craindre dans Rome, où le peuple m'ado- Où je veux immoler ce sénat que j'abhorre? [re^ Le péril est égal, ainsi que la fureur, Et j'ai de plus sur eux ma gloire et ma valeur. L'exemple de Sylla n'a que trop fait connaître Combien il est aisé de leur donner un maître; Et ce Pompée enfin, si fameux aujourd'hui. Tremblera devant moi comme il fit devant lui. Manlius, avec nous toujours d'intelligence, Aussi prompt que toi-même à servir ma vengeance, Avec sa légion doit joindre Célius, Et Céson avec lui rejoindre Manlius.
Sunnon, des fiers Gaulois le ministre fidèle. Qui les voit menacés d'une guerre nouvelle, Habile à profiter de celle des Romains, Doit de tout son pouvoir appuyer nos desseins. Cesse de m'opposer une cramte frivole ;