CATILINA, PROBUS
PROBUS
Eh quoi ! seigneur, c'est vous que votre vigilance A conduit le premier aux autels que j'encensel Saviez-vous que Tulhe y dût porter ses pas?
CATILINA
Je le sais; cependant je ne l'y cherche pas :
"Votre intérêt, Probus, est tout ce qui m'amène,
Et mon cœur à vous seul veut confier sa peine.
César, que Cicéron appuyait au sénat,
César est désormais sûr du pontificat ;
Il l'emporte sur vous, et son audace extrême
"Veut soumetire à ses lois la religion même.
J'ai cru, de Cicéron qui vous est allié.
Que mon parti pour vous serait fortifié,
Ou qu'il choisirait mieux du moins votre adversaire ;
Mais ses trésors ont fait ce que je n'ai pu faire :
C'est ainsi qu'aujourd'hui se gouvernent les lois.
Ce sénat, le modèle et le tuteur des rois,
Qui fit à l'univers admirer sa justice,
Qui punissait de mort un soupçon d'avarice,
Qui puisait ses décrets dans le conseil des dieux,
Vend ce qu'à la vertu réservaient nos aïeux.
Je vois avec douleur que cet affront vous blesse-
236 CATILINA
ll\\ ! ce n'est pas moi seul, seigneur, qu'il intéresse; 11 rejaillit sur vous encor plus que sur moi. Vous, qu'un vil orateur fait plier sous sa loi; Vous qui, jusqu'à ce jour, armé d'un front terrible Des cœurs audacieux fûtes le moins flexible ; Qui, d'un sénat tremblant à votre fier aspect, Forciez d'un seul regard l'insolence au respect : A sa voix aujourd'hui plus soumis qu'un esclave, Enfin à votre tour vous soutirez qu'on vous brave, Et vous abandonnez le soin de l'univers Adeshommes sans nom quimettentRomeaux fers. Eh ! que m'importe à moi que le sénat m'oulrage, Que sa corruption moite à prix son sulfrage? L'univers ne perd rien à mon abaissement; Mon nom ni mes vertus n'en font pas l'ornement; Les dieux ne m'ont point fait pour lerégir en maître : Vous seul... Mais désormais méritez-vous de l'être. Avec une valeur qui n'oserait agir, Et ce front outragé qui ne sait que rougir ? Quoi ! pour vous engager à sauver la patrie, Faudra-t-il qu'avec moi tout un peuple s'écrie : « La mort nous a ravi Marins et Sylla ; « Qu'ils revivent en loi; règne, Calilina? »
CATILINA
Probus, ne tentez point une indigne victoire. Les crimes du sénat ne souillent point ma gloire. Je frémis commo vous de tout ce que j'y vois, De l'abus du pouvoir et du mépris des lois ; J'admire en vous surtout cette âme bienfaisante Que l'approche des dieux rend si compatissante Mais, parmi tant d'objets cités pour m'émouvoir, Vous en oubliez un.
PROBUS
Quel est-il?
Mon devoir.
A combien de désirs il faut que l'on s'arrache, Si l'on veut consciver une vertu sans tache! L'outrage n'est suivi d'aucun ressentiment Dès que le bien public s'oppose au châtiment : Ses intérêts sacrés font notre loi suprême, Et s'immoler pour eux, c'est vivre pour soi-même. Considérez ce temple orné de mes aïeux. Que Rome a cru devoir placer parmi vos dieux.